TIMBO le lionceau triste

Dans la ménagerie du cirque TABOUM, Timbo le lionceau se laisse mourir..  Des chasseurs l’ont enlevé dans un grand filet. Il a été mis en cage, transporté en voiture, en avion, en train, en camion puis vendu au cirque pour être dressé.

Son dompteur ne peut rien tirer de Timbo ; le lionceau reste dans le coin de sa cage. Même quand on l’en sort, il s’aplatit, ne bouge pas, ne grogne pas, ne mange pas…

Autour de lui les autres animaux se désespèrent. Tous ont essayé de lui parler : les autres lions bien sûr, les tigres, les éléphants, les chevaux, les ours, les chiens savants, les otaries aussi, même les puces car dans ce cirque on montre un ballet de puces ! Rien n’y fait et Timbo maigrit, maigrit, il peut à peine marcher maintenant.

Les gens du cirque ne savent plus quoi inventer ! Le vétérinaire lui fait des piqûres pour le soigner mais ça ne suffit pas. Timbo est trop triste, beaucoup trop triste…

C’est Sherpa, le tigre,  qui propose une solution : il faut donner envie de vivre à Timbo et lui il ne connaît qu’une façon de distraire les gens tristes : faire le cirque !

- Comment ? dit l’otarie, nous ne sommes que des bêtes dressées. Sans nos dompteurs, nos écuyères nous ne pouvons pas jouer.

- Et sans les acrobates, les jongleurs, les magiciens, les musiciens, les clowns aussi, comment monter le spectacle ? s’inquiète l’ours.

- Depuis le temps que nous regardons les numéros, grogne l’éléphant, nous les connaissons tous. En répétant bien et vite, nous allons organiser un spectacle formidable pour TIMBO.

- Moi, rugit le lion je connais un vieux dompteur. Il ne travaille plus ; il nettoie les pistes. C’est mon ami Je suis certain qu’il nous aidera…

Lorsque le père Thomas est venu voir son ami le lion, le lendemain, Mazza lui expliqua tout et l’ancien dresseur  décida de les aider.

Pendant trois nuits, alors que tous les gens du cirque dormaient, les animaux, eux, ont travaillé, Thomas ouvrait et refermait les cages ; ses amis  se glissaient sous le chapiteau et répétaient, répétaient puis sans bruit, regagnaient la ménagerie.

Enfin le lundi soir, jour sans spectacle, tout était prêt.

Vers minuit, le vieux Tom mit le pauvre petit lion fatigué dans un fauteuil roulant et le roula sous le chapiteau. Tout était éteint. Thomas installa Timbo à la meilleure place des gradins. Timbo ne bougeait toujours pas.

Soudain une douce musique s’éleva ; les lumières s’allumèrent doucement, bleues, vertes, orange… Des chevaux pleins de plumes, de sonnettes caracolèrent autour de la grande piste ; un coup de cymbales et des tigres bondirent sur le dos des chevaux puis les lions sautèrent par-dessus ces pyramides. L’ours, au milieu, claquait son fouet.

Les otaries se dandinaient sur des vélos à une roue en se lançant des ballons…

Timbo ouvrit un œil puis l’autre ; il redressa sa grosse tête. Tout ce mouvement, toutes ces lumières, cette musique le surprenaient. Peu à peu, il se redressait. Lorsque les singes se mirent à jongler avec des bananes, il était émerveillé. Les gros éléphants en équilibre sur un gros ballon le firent presque applaudir,

Merveille, les chiens savants apparurent habillés en clowns blancs, en gugusses. Ce ne furent que pirouettes, chutes dans des bassines, nuages de farine, fausses claques, tartes à la crème, farces…

Maintenant Timbo, riait, riait. Il n’était plus triste.

Doucement Thomas lui apporta un grand bol de pâté que le petit lion commença à manger en regardant le spectacle, presque sans s’en rendre compte. Bientôt, il dévora le reste du pâté, puis ce fut un jambon, un rôti…. Il avait tellement faim.

Le spectacle se termina par un grand défilé. Le petit lion debout sur ses pattes arrière applaudissait de toutes ses forces.

Les animaux vinrent tous l’entourer et ce fut une grande joie pour tous.

Le lendemain, les gens de la ménagerie furent très étonnés de voir Timbo sur ses pattes, bien éveillé et rugissant de plaisir.

Très vite le petit lion guidé par ses amis les animaux devint célèbre Les petits, les grands, tous voulaient le voir bondir, traverser les cerceaux de feu, rugir.. Il était magnifique.

Timbo était devenu le Roi du Cirque TABOUM ;

Peut-être le verras-tu avec ses amis…



De l’oseille avant tout…

  

                 Matin d’automne, jaune, marron, vert, comme les couleurs des feuilles  ramassées dans la cour et silhouettée sur notre page à colorier…

            Je traçais, sous le dessin que je venais de remplir, un bonhomme tout rond, j’allongeais les baguettes de ses bras, de ses jambes… Mlle Miquel, venue moucher les chandelles de Janie, ma cousine de voisine, se glissa jusqu’à moi, cafté par  Philibert : « I fait des bonhommes, maîtresses ! »

           Oui, mais moi j’avais fini, au point même d’avoir un peu percé le papier…

                 Tellement fini, que ma langue rentrée, interdit de figurine, peu tenté par un nouveau remplissage, je laissais mes impatiences m’envahir : un besoin me taraudait !

                  Mes 5 ans trépignaient d’urgence…

               Dans ma première école maternelle, il n’y avait qu’une seule salle tassée sur ses briques rouges, au fond d’une cour qui se donnait des airs de petit parc… Je l’ai retrouvé depuis. Même à abandonnée par les courses et les cris,  elle s’offre toujours ainsi et ses marronniers, un arbre-trésors pour nos jeux et nos travaux manuels, ont bellement vieilli.

              Heureusement pour moi, les cabines des toilettes, pas encore W.C. à l’époque, étaient à l’opposé de notre classe.  Le préau, toujours trop sombre, inquiétait un peu et sa traversée conduisait parfois à des catastrophes au fond des culottes.

           Moi, je le craignais peu, pas ce jour au moins et c’est les mains sur le ventre que je me trémoussais, grimaçant avec exagération pour bien exprimer mes urgences.

           Pas d’assistante maternelle alors :  si c’est un pipi, on allait se débrouiller seul, sinon, il fallait que la maîtresse accompagne, laissant la porte ouverte sur des bambins bien chapitrés.

            C’était du léger, ai-je fait comprendre, donc je pouvais descendre seul les trois ou quatre marches pour me hâter vers… le jardin.

         Et oui, mon besoin pressant, se nommait gourmandise !

          Je dérapai sur des graviers, me glissai derrière notre classe et atteignis le gros obstacle : le portillon.

           Il était, déjà, de bois râpeux, à claire-voie inégale, rafistolée, mais surtout clos bien haut par une courroie de cuir serrée. 5 ans, c’était un peu juste en taille pour que mes doigts  agrippent bien ce verrou, primaire, mais efficace.

          En plus, il fallait faire vite, en plus j’avais froid, en plus j’avais la frousse, en plus je voulais, je voulais, atteindre ma cible, plus que tout.

          Les allonges ne manquaient pas. Dans le bûcher contre le mur, je ramassais une branche fourchue, mon ingéniosité portait ses fruits, le lien se décrochait et le portillon, libéré, béait.

          Je lançais mes pieds aux lourdes galoches, vers la bordure de l’allée centrale : les belles feuilles vertes menthe  de l’oseille étaient à ma portée. De beaux bouquets aux petites langues rondes, un peu rouge en bas, tribut à l’automne peut-être, s’offraient à moi : pas question de les décevoir…

          Je cueillais, je croquais, je mâchais : un bonheur acidulé baignait ma langue, mes papilles, oignait mon palais…

          A 5 ans, on ne se dit rien, on aime, et moi j’aimais… L’envie m’en était revenue peu à peu. Pendant les coquineries  de Pinocchio, le feuilleton matinal, elle m’avait titillé. Pendant le rangement des images pour retrouver l’histoire, elle s’était imposée, devant la feuille de dessin, elle m’avait inquiété : et si j’avais perdu le goût ? Je devais vérifier.

          C’était fait et la fraîcheur de cette matinée ajoutait à la saveur de mon larcin.

          Des réserves odorantes dans mes poches de culottes courtes, vite, je filais…

         Pas loin ! Dans le trou du portail, une bête était plantée. Un chien ? Non, ça ressemblait, mais trop bas, trop long, trop roux, des petits yeux noirs trop fendus, trop brillants, des oreilles trop pointues…

      J’étais de pierre ; le renard, à cet instant, je l’avais bien identifié, ne bougeait pas, à peine d’un frémissement dans sa fourrure ébouriffée. Ses yeux ne me quittaient pas : il m’attendait.

     Pas d’échappatoire, les murs étaient hauts, même les espaliers étaient impossibles à escalader. Rien de tentant pour lui, même pas une poule ou un lapin, à déchirer pour les crocs bien découverts, il n’y avait que moi, pas très dodu pourtant. Il allait quand même aimer ce bandit, surtout parfumé à l’oseille. 

          Est-ce que j’allais hurler ? Oui, si je pouvais retrouver ma voix ! Oui, mais si ça le décidait à bondir ? Oui, mais qu’allait dire la maîtresse ? Et mes parents ? Et moi aussi, quand il allait me faire mal, me mordre ?

          Pas de bâton, j’avais laissé mon outil à la porte. Même pas un râteau, une binette, ce n’est pas possible de ranger aussi bien !

          Rien, ça ne peut pas durer, ça va bouger, forcément.

        Je ne réfléchissais plus. Je tremblais de peur, puis je tremblais de colère, enfin !

          Je ramassais, un, deux, trois cailloux. J’en préparais un gros, pour la fin… et je lançais. Fort, loin, bien… Le premier projectile fit sauter un peu de terre devant ses pattes de devant ;  il ne broncha pas. Un second le toucha en plein poitrail, il vacilla et… glissa un peu en arrière, seulement.

Courage ! J’avançais pour ajuster le dernier… Raté ! J’étais assez près, ses babines se retroussaient. C’était certain, il se moquait de moi ; je ne pouvais lui échapper. Tant pis, ma grosse pierre levée à deux mains, je fonçais… 

        Et, le renard… éclata de rire, éclata d’une cascade de rires, en échos roulants contre les murs de l’enclos. Des rires à en brasser les feuilles dorées répandues sous les arbres.

          Mon pavé toujours dressé au-dessus de mes boucles, je vis disparaître mon dangereux carnassier et surgir la blouse claire de la maîtresse, pressée par celles de tous les gris de mes copains et copines.

            Dans les bras de  Pierre, le plus grand, se blottissait le goupil.

          Je le reconnus, un peu tard : chaque jour, pendant les récrés, il nous épiait à travers la vitre encrassée du hangar où s’entassaient les reliquats des années scolaires passées.

          Empaillé depuis très longtemps, il faisait partie de nos témoins muets familiers. Et moi, je l’avais oublié !

          Inquiétée, très rapidement, par mon absence, la maîtresse n’avait eu que quelques avancées à parcourir,  quelques regards à jeter, pour découvrir le portillon déverrouillé…

          De là, il ne restait plus qu’à monter une comédie pour le copain en jardin buissonnier, réanimer le renard poussiéreux et lui donner le rôle principal de la farce…

          Je n’ai pas perdu mon appétit pour les tendres feuilles d’oseille même si mes dents s’en agacent et les billes de verre des yeux bridés de Maître Renard, accompagnent souvent, ma dégustation.

          A chaque promenade, devant un carré de verdure ou un étal de maraîcher, mes petits enfants cultivent mes redites, lancent mon récit :

          « Quand tu étais petit, Papou, tu adorais l’oseille, hein… »

           «  Oh oui ! Un jour… ».



DE BLOCK EN VIGNES…

           Je me souviens d’un voyage, nous n’étions que tous les deux, mon grand-père – mon Pépé-  et moi. Mon permis sentait le neuf, ma voiture, s’habituait à moi et moi à elle.

        Nous allions de la vieille Seine et Oise vers la Vendée.

        Nous étions complices, pratiquement depuis ma naissance. Si je ne connaissais pas tout de lui, loin de là, lui savait beaucoup de moi ou le devinait.

        Arrivés à l’entrée d’un petit village, il m’annonça, « C’est là ! ».

         Cela voulait dire que nous atteignons Son étape. Il n’avait rien d’un grand voyageur ; il était plus un homme de relations qu’un homme d’espace. Pourtant, il avait éprouvé durement la privation de liberté. Cette route, il ne l’avait parcourue que cinq ou six fois.

        Nous avons descendu la rue principale jusqu’à la place ombragée devant l’église. Le sourire de mon Pépé était immense. Il se gorgeait de bonheur.

     « Revois le chemin que nous venons de descendre, regarde celui que nous grimperons après  - Quel regard il avait !. Ils sont la chaînette d’un collier et cette auberge, le bijou qui y pend comme entre les deux seins bien ronds d’une madone de la Renaissance…

       Ses métaphores évoquaient souvent la beauté féminine. Il en avait été tellement privé.

       Des restaurants sympas, nous en avions aperçus depuis que l’heure du déjeuner s’annonçait, mais c’était celui-ci qu’il lui fallait et il y entra sans hésiter, comme attendu.

         La salle était étroite et longue. La patronne, l’a accueilli comme un familier trop longtemps parti. « Monsieur Louis ! Que j’suis contente ! Viens voir Charles qui est là ! ». Quelle accolade ! Il y prenait plaisir. il faut dire que l’ampleur du corsage de la tenancière évoquait abondamment l’image des collines et de leur combe.

      Pas d’apéro, ce n’était guère la mode ici mais un petit Coteau du Layon, ça s’imposait

      Les tables se serraient presque en une unique tablée familiale. Nous avons bénéficié d’un bout de rangée. Nous pouvions sauver une oreille du brouhaha et parler sans hurler.

       Je ne m’en privais pas ; ma curiosité était trop vive pour être différée.

        – Comment connais-tu cet endroit ?

      -Je connais cet endroit depuis 1943. Pourtant je n’y suis rentré qu’il y a neuf ans. Mon fils conduisait. Ça remuait dans ma tête, depuis les premiers pans de vignobles exactement.

        Ton oncle prenait mon silence pour de la contemplation :

         « C’est beau, hein papa, surtout en automne, c’est de l’or qui flotte… »

       J’avais approuvé de la tête, mais je savais que je pénétrais dans un lieu que j’avais bien enfoui, sous des couches de nouvelles années capables d’éroder le passé…

         Pépé s’est arrêté pour caresser la main que la patronne avait posée sur son épaule, en passant. Ces deux-là partageaient des pensées dont je ne connaissais pas le code.

     Je me suis étonné : -Mais en 43, tu n’étais pas…en Allemagne ?

     – Si, justement, à Mauthausen.

       Ses années de tranchées, de Résistance, de déportation étaient tabous dans la famille.

          Ces périodes, je ne les connaissais que par mes lectures, mes cours, mes découvertes, dans son bureau, de cartes du soldat à sa fiancée, de médailles, beaucoup de médailles.

       Quel rapport avec ce restaurant, dans ce petit creux d’Anjou ?

        -Tu sais, quand on est entassé dans un block, avec trop de faim, trop de fatigue, trop de douleurs trop de peurs, l’esprit s’encrasse. L’extinction des feux, la crainte d’un réveil au milieu de la nuit, pour une revue dehors dans la pluie,et le froid, nous taraudaient trop pour que nous n’essayons pas de grappiller toutes les minutes de sommeil que nous pouvions…

       Comment ces confidences allaient-elles nous mener à la chaleur de ce restaurant ? Je saisissais trop leur valeur pour les interrompre. Elles arrivaient à m’abstraire du bruit.

      – Un soir, alors que nous chassions nos poux, gare à celui qui en hébergeait, massions nos pieds, tenir debout, pouvoir marcher, était vital, mon voisin de planche, Dédé me chuchota. «  P’tit Louis, faut que ça sorte ! Ferme les yeux… En ce moment, chez moi, les vendanges sont achevées… Il ne reste que les feuilles qui tournent au rouge, au doré pour les plus pressées. Vois, les rangs escaladent le coteau ; la terre est lourde, elle fume. Le vent agite les têtes des ceps, il les mène vers les nuages qui rasent l’arrondi des collines… »

         La tête baissée, on massait toujours nos pieds mais j’étais, là-bas, avec lui.

       « Ben mon gars, c’est beau chez toi ! » C’était son autre flanc qui se manifestait.

         « Et encore, vous n’avez suivi les charrettes jusqu’aux chais, aux cuves… »

         Pépé s’est tu. Je devinais : les kappos avaient hurlé, la nuit pesante commençait.

       Une gorgée, longue, un hochement de tendresse pour le vin et il a repris.

       – Deux heures après, on était dans la cour d’appel… loin des coteaux colorés.

         Le lendemain soir, après la carrière, Dédé a continué ; il en avait besoin, moi aussi…

         Nous avons retrouvé ou inventé l’odeur forte du moût, vu, entendu le premier glissement du jus puis de son petit ru plus fourni.

        Avec le conteur, on coupait, portait, versait, tassait… les cuves se remplissaient.

        Soir après soir, nous avons refait les vendanges, élevé notre vin….

      Après Dédé, d’autres, moi avec eux, ont raconté leur coin de France. Mais le plus souvent, nous revenions au vin. Nous nous enivrions, pas de son alcool mais de sa naissance.

       Nous avons connu les vastes domaines du Bordelais, les pentes alsaciennes. Des Côtes du Rhône, nous avons franchi
la Camargue pour les Saints des étiquettes du Languedoc…

       – Je sais que tu as un ami en Champagne, Jojo. Je l’ai vu plusieurs fois arriver chez toi, sortir ses bouteilles. Il y en avait toujours des fraîches, à boire en bonjour…

        – Ce Jojo, il était avec nous, mais les rassemblements étaient interdits. Les récits se répétaient de bouche à oreille, le long des châlits. Ils se déformaient pendant leur voyage, mais tous parlaient de la vigne. Jojo a fait, ainsi, couler son Champagne

         « Mon Champagne, c’est un vrai gosse. Il faut le surveiller, le cajoler mais pas trop.»

      Quand nous avons été libérés, dans l’avion qui nous ramenait, j’ai senti sa main. Il me tirait vers le hublot : « Là, tu vois P’tit louis, c’est ma Champagne, elle est belle ! »

     Ses larmes coulaient enfin. Taris, nous n’avions plus de pleurs depuis longtemps.

          La patronne est intervenue : « J’ai pas de champagne mais goûtez celui-là ! »

       Elle a enlevé notre bouteille pour en poser une nouvelle à la robe plus sombre. Toujours un vin du Layon. Les regards de nos voisins, me disaient que c’était un trésor.

      Pépé m’a conseillé, avant de reprendre : « Laisse-le s’installer d’abord ».

          -Moi, ces soirs de petites veillées murmurées, j’ai amusé avec la piquette de mon village et le noya, ce vin qui rend fou. Je disais des contes, comme à toi quand tu étais petit. J’en inventais sur Dyonisos, sur Noé…

        – Et Dédé ?

        J’ai eu l’impression qu’une bulle de silence gonflait autour de nous dans le bistrot.

      – Dédé n’est pas revenu. Un soir, un autre nous a dit l’avoir vu tomber sous une grosse pierre, en descendant cette maudite carrière. Nous savions, cela voulait dire… la fin, la fumée.

        Bois mon grand, ce vin c’est le sien. Quand la voiture de ton oncle a roulé entre les vignes, je les ai reconnues. Le panneau n’a fait que me confirmer le nom du village, celui de Dédé. La place de l’église, ce creux entre deux collines, où j’avais suivi les cuveaux débordant de grappes, les yeux fermés sous les mots de mon copain.

       P’tit Louis devait, un jour, entrer dans ce café où Dédé avait ri, beloté, trinqué.

         Charles et Yvonne en avaient pris les rênes. Pépé les a séduits, Il leur a raconté Dédé.

         Nous avons bu franchement, plein les papilles et le palais après un salut verre levé, pour trinquer à ces soirs où le vin créait les pensées, ces moments volés à l’enfer.

       Depuis, je cultive la curiosité des étiquettes, des noms de cépages. Dans ce coin du Midi, je suis gâté. Il m’est arrivé de vendanger ; j’ai entendu mes compagnons, broder autour des pieds, revenir vers les récoltes d’autrefois, toujours plus belles, toujours plus riches bien sûr… Moi, j’y retrouvais Pépé, Dédé, Jojo…



Mes livres de Delteil suite

            Vous le connaissez par des lectures, des pièces de théâtre, un film, une émission, une promenade par Grabels ou simplement parce qu4un espace de culture porte son nom.  

            Moi je l’ai feuilleté, il ya … longtemps, abandonné puis redécouvert au hasard de mes cueillettes dans notre bibliothèque. 

           Depuis avec notre Joie de Lire, nous avons échangé nos avis, et fouillé le phénomène. 

          Pas de jugement : des mots  seulement,… pour le plaisir, le mien, le notre peut-être.  

             Le 20 avril 1894., à cinq heures du matin, Joseph Delteil nait à Villar­en­ Val (Aude). Ses parents sont originaires des environs de Montségur, haut, vraiment,  je l’ai gravi,  lieu ariégeois du catharisme. Jean­-Baptiste, son père, est en forêt, comme d’habitude :  » Il ne rentrait presque jamais le soir à la maison; en plein bois, il avait installé une hutte de branchages et de bruyères où parfois nous passions quelques jours.  » Sa mère, Madeleine, n’apprendra jamais à lire et ne suivra jamais les lignes écrites par son fils :  » Pas même le titre; et aujourd’hui encore, je ne sais pas si je dois dire  » Dieu merci  » ou bien  » tant pis « . 

         Si la chronologie vous intéresse, de beaux dossiers éclaireront vos écrans. Mieux, lisez sa DELTHEILLERIE. 

        Disons qu’il est monté à Paris, les mains dans les poches et des mots au bout des doigts…  Et il revient… 

« En 1930, j’arrive sans doute à l’âge où un peu de vérité, un peu d’humanité font du bien au cœur.  Aujourd’hui, ce faux Delteil qui court le monde, cette espèce de grand gaillard dépoitraillé, un mètre quatre­-vingt­-dix et cent vingt kilos, tonitruant, orgueilleux,  » m’as-­tu vu  » , ce faux Delteil m’horripile. 

« Il est évident que si je fais un effort pour mener une vie simple et basée sur le bien, ce n’est pas du tout pour les beaux yeux du public ni pour la chose en soi, c’est pour atteindre ici-bas la totalité du bonheur. » 

            Le livre qui m’a conduit à repousser le battant de la porte de Joseph Delteil : 

LA DELTHEILLERIE
             « J’étais un paysan à l’état brut, sans racines spirituelles, sans véritable culture, instruit de bric et de broc (école primaire, puis séminaire). Un simple sauvage (non sans affûtiaux), venu tout nu de son patois. J’arrivais en sabots, tout chargé de messes et de raisins. Un ourson mal léché, l’innocent de village. Ourson d’aspect, cathare d’âme, paléolithique de cœur. » 

     « Je suis entré dans le langage comme un bûcheron avec sa hache, le fils du bûcheron quoi !                 «  J’emploie les mots à la source, dans leur innocence première. La nue-propriété plutôt que l’usufruit. Mais ce sont de pieux coquins et qui me jouent des tours pendables. Dès qu’on ne les a plus à l’œil, ils vous cherchent noise, font des fugues. Et caméléons avec ça ! …Par-delà le dictionnaire ils ont leur tempérament…          

           Voyez comme amoureux vous a un air tendre, tandis qu’amant met les pieds dans le plat. Perdre sa femme – comme  une aiguille, ou trouver la mort (comme si après l’avoir cherchée toute la vie). Le mot battre, un tantinet enfantin : battre un  enfant ou battre Napoléon, c’est le même mot. Le mot ventre son sens grossesse, son sens orgie, son sens puéril : le  ventrou. 

              Il y a les expressions toutes faites, parfois fertiles en perspectives savoureuses ou équivoques. La femme  » met au  monde  » – au monde, quelle ampleur cosmique ! La femelle animale  » met bas « . La femme  » donne à son mari  » (gentil cadeau, de la main à la main semble-t-il) : sa femme lui donna quatre enfants. 

J’aime ce livret, gourmand plus que gourmet, rieur plus que sérieux, je goûte la recette du lapin… Je ne vous la livre pas, elle mérite la chasse aux trésors. 

 LA CUISINE PALEOLITHIQUE 

           « Ce livre n’est pas un livre de cuisine comme les autres. Ne vous attendez pas à de mirifiques recettes, à des trouvailles de gala. Ce n’est qu’un Précis d’alimentation naturelle, la cuisine brute, comme il y a l’art brut. 

La cuisine paléolithique, c’est la cuisine de Dieu. je n’ai voulu que préserver de l’oubli, ici ou là, quelque essentiel point de détail, quelque drôle de truc, quelque immémorial secret. Ce que j’appelle : le point d’or. 

          Il n’y aura donc ici que quatorze recettes, juste pour une semaine, mais toutes les semaines du monde se ressemblent , et voilà votre bréviaire pour toute votre vie. »  

Voici le menu d’un repas avec Henry Miller ; il comprend des crudités, de la sanquette, ( à vos dictionnaires), une poule au riz au safran avec lactaires délicieux et des framboises du lieu. 

           Voici la recette du millas charbonnier que l’auteur tenait de son père, un gâteau de maïs dont Pline signalait déjà la consommation dans les Gaules. 

           Connaissez-vous le  » tchaoutcholo  » !  » C’est tout bonnement du vin sucré, du vin pur naturellement, où l’on trempe du pain… le vin doit être chambré, le sucre de canne, la proportion de 50 g,  de sucre pour 250cl de vin exactement… sans oublier le clou de girofle bien sûr. «  

Une idée pour votre dîner du « lundi »: 

Les Tomates de Lucie. 

Prendre des tomates bien rondes, en main – les peler – les mettre à la cocotte sur feu modéré. 

Laisser cuire à demi, mais ni plus ni moins, là est l’art ! 

Il faut que le cœur de la tomate sot encore cru dans sa peau roussie. Les joues en feu et le corps frais. 

A la fin, une bonne persillade à l’ail. 

Servez et versez tout le jus par-dessus. 

Ça me rappelle Shéhérazade.. 

Et, commande Joseph Delteil 

 « .. léve-toi tôt ! » 

La recherche de celui qui crée plus que de l’œuvre aboutie, c’est le credo de Joseph Delteil : 

 L’HOMME COUPE EN MORCEAUX –  L’HOMME DES BOIS  

« Moi je suis naïf, idéaliste. Une espèce d’analphabète. Je n’ai jamais rien appris, j’invente. Ça s’appelle l’instinct. Les savants  savent tout, c’est évident, mais l’analphabète sait le reste. D’ailleurs il paraît que le savant type, Einstein, quand il monte au  tableau, personne, sauf deux ou trois ouistitis de son espèce, n’est capable de le comprendre. Amen!
              C’est l’ouvrier qui m’intéresse, et non l’œuvre. L’ouvrier des pyramides, l’ouvrier des cathédrales, était-il heureux? (qui donc sinon moi a écrit: « un homme c’est plus qu’une cathédrale! « ). Moi, je cherche le plaisir, le bonheur.
           L’homme, le moindre homme c’est moi. 

          Tout ce que je sais, moi l’homme des bois, c’est que j’aimerais mourir un jour dans ce village de Pieusse, Pioussolès-Balandrans, où d’ailleurs je ne suis pas né, mais que j’ai humé, respiré, reluqué, palpé, mordu, chié, joué aux boules, foulé aux pieds, tressailli, digéré à partir de l’âge de deux ou trois ans, entre le breilh de la barque où nous lavâmes tant de lessives avec maman et notre vigne de Fourques où les comportes aux vendanges étaient si lourdes à porter au pal, sans oublier cet endroit limoneux au bord du Rec où le ciel est si bleu, et où la pie tous les matins à 7 heures faisait son tintamarre; la mort y serait, me semble-t-il, plus étrange, plus étrangère qu’ailleurs, et quelque chose de moi y serait immortel.

Pour terminer avant de commencer vos propres fouilles, quelques affirmations de Joseph Delteil : 

 » Ecrire, c’est fraterniser; c’est fraterniser en jouant; c’est fraterniser en jouissant ». 

« Ecrire : c’est faire l’enfant! » 

« Mes frères, la suprême fraternité, c’est la fraternité des ventres ». 

« Le charme de vivre : c’est l’amitié »
« L’homme est une flèche à la poursuite d’un rêve » 

Et pourtant il écrit : « Je ne rêve jamais. Je reproche au rêve de se substituer trop souvent à l’action. Le plus petit acte du monde me paraît plus beau qu’un rêve. La vie n’est pas un rêve. Je ne rêve jamais. » 

« J’aime, voilà tout mon secret » 

Il se veut : 

« Ourson d’aspect, Cathare d’âme, paléolithique de cœur » 



Vin et patrimoine…

          

Vin et eau, deux éléments révélés du patrimoine de notre village.

            Vivre, c’est se situer et se construire au présent… Pour s’approprier le lieu où on implante sa vie, même temporairement, il faut le connaître, le respecter, le pratiquer. « On ne comprend bien un espace qu’avec ses pieds ! » disait une dame ce samedi de cheminement dans le village.

           Le pratiquer se conjugue au présent : en identifier les rues, les paysages, les apprécier dans leurs charmes et dans leurs défauts, en goûter les ressources naturelles ou sociales, trouver son loisir, son épanouissement dans les offres des associations, des services divers, partager les moments conviviaux…

          Le respecter, c’est savoir combien chaque pierre travaillée, chaque lopin retourné, chaque embellissement ajouté à valu de sueur, d’initiatives, de temps, de découragement, de remises sur le chantier, de fierté, à ceux qui, pour eux ou pour la collectivité ont œuvré sur notre territoire.

        Ce samedi de découverte du patrimoine fut une belle marque de respect consacré d’abord à ces vignerons, petits ou plus grands propriétaires, ouvriers, pour lesquels la terre était d’abord un potentiel de ressources, une incertitude, un chantier à vaincre avant d’espérer.

          Le vin, comme tout ce qui peut tenter l’homme, la femme, comme tout ce qu’ils produisent, pêche par ses excès. Une belle légende grecque fait acheminer le buveur, de la gaîté, à la bravoure téméraire puis à la sottise profonde… Le meilleur et le pire.

          Pour bien des travailleurs de notre village, il fut le « sel de la terre », le moyen de vivre, puis souvent, tant la tâche était prenante, incertaine,  source de fierté.

         L’exposition consacrée aux grandes colères de 1907, «  Cette saison des gueux » était émouvante, comme l’étaient les lettres de cette mère à son fils émigré pour lui conter les luttes…

          Parmi nous, un Saussanais évoquait son aïeul, soldat du 17ème, refusant de tirer sur les hommes, les femmes les enfants désespérés de Béziers… Ce « camp d’épreuves » auquel ce « rebelle » et ses camarades furent expédiés, il pouvait nous le montrer sur les photos exposées…

          Les paroles du chanteur et poète, ce samedi soir ponctuèrent l’épopée du vin à travers les siècles mais aussi traduisirent ce désespoir d’une région qui perdait la confiance, la foi dans le pouvoir de ses mains devenues improductives.

         Revivre, tâche après tâche, de la terre dure jusqu’à la vendange, la ténacité des vignerons qui écrivirent l’histoire du village fut un grand moment. Nous faire partager leur colère en fut un autre.

          Dimanche matin fut essentiel car l’eau, vitale, était à l’honneur. Cette eau qu’il fallait aller chercher dans la gangue de son sous-sol pour l’exhumer jusqu’au jour. Cette eau qu’il fallait s’ingénier à drainer, à conserver, à ménager aussi… Cette eau, qu’il fallait offrir, partager en des puits communaux puis en des fontaines pour tous, notre village en multiplie les possibilités de découverte… Que de puits, droits ou avec grottes, aux mécanismes les plus ingénieux, nous a-t-on révélés, à l’air libre ou bien à l’abri dans un jardin clos, une cave voutée…

         Merci à tous ceux qui ont permis cette chasse aux trésors de l’eau.

          Pas anecdotique, si notre animal totémique est né a été découvert par les porteuses d’eau…

Il paraît, selon le philosophe antique que « L’homme est intelligent parce qu’il a une main… » Comment ne pas le croire en voyant tant de témoignages de constructions diverses, ingénieuses pour que l’eau, «  la vie » selon Saint-Exupéry, justifie que là où elle jaillit, une communauté se fixe !

            En ces deux journées j’ai, aussi, rodé dans un jardin à travers les âges, entendu conter la lente construction puis destruction puis reconstruction d’une abbaye, applaudi des comédiens de rue…

             J’aime les écrits, j’aime les productions exposées dans les lieux de culture mais souvent plus pour la passion qui a guidé leurs auteurs que pour l’œuvre… J’aime sans doute plus les lieux de travail, tous, le champ, l’atelier, la classe, le cabinet de praticien, le bureau de secrétaire, le stade, tous vraiment lorsque leurs pratiquants sont sincères et généreux, donc j’ai aimé partagé, une nouvelle fois, ces occasions, dans notre village et ses environs, d’entendre, de voir, des gens d’aujourd’hui dire l’existence des gens d‘hier. J’ai éprouvé avec émotion, leur force, pour, à travers,  espoirs, colères, rires et amertumes, avec persévérance, intelligence, courage, générosité brillent la vie.

           Ces témoignages le prouvent. Ils seraient bien surpris ces puisatiers de nous voir admirer leur création. Chaque jour, nous laissons une empreinte. Le quotidien de notre village est riche de l’inventivité de chacun ; même créatrice d’un embellissement, d’un mur, d’un jardin, d’une poterie, d’une peinture « pour soi » ou d’un spectacle, d’une fête, d’une belle salle de classe pour tous… l’ingéniosité est un trésor qui deviendra une page que liront plus tard les futurs découvreurs des journées du Patrimoine.   



DES BIBLIOTHEQUES TOUJOURS OUVERTES

Ce mardi, seuls ceux qui surveillaient l’impression de notre Recueil restaient consignés. Avec Karine, quelques autres collègues, nous avons erré dans les rues de Paris et grappillé des petits cadeaux pour la famille restée en province. 

A midi, dans le cirque, nous avons organisé un grand pique-nique où se sont mélangés charcuteries, fromages, gâteaux de toutes nos régions… histoires et chansons. œuvrer pour une cause nationale, rien de tel pour que s’embellissent les richesses de nos folklores. 

L’Européanisme, le Mondialisme, avec toute la symbiose de leur humanisme ne feront que privilégier les riches-ses de ces particularismes patrimoniaux…Vive les « ismes » quand ils sont généreux !  Pour l’après-midi, avant de retrouver Rob, Alice, Thierry et son épouse, Sylvain m’a proposé de le suivre  chez les anciens de
la Résidence qu’il fréquentait chaque semaine. 
Pierrot nous prêtait sa voiture, mais il faudrait que je conduise ! 

La Résidence des vieux amis de Sylvain était bien conçue, des petites maisonnettes de deux pièces, cuisine, salle d’eau avec un jardinet et trois immeubles de deux étages avec des deux pièces aussi. Je pense que l’affectation s’effectuait au choix ou selon le degré d’autonomie des pensionnaires. Souvent les couples occupaient les pavillons, 

Le tout était dispersé dans un parc ombragé, bien situé dans le centre ville, isolé ni des commerces, ni des foyers de vie. Un groupe scolaire, avec lequel les résidents pouvaient partager ateliers et souvenirs, côtoyait la maison de retraite.  Nous étions attendus dans le grand salon, destiné à toutes les réunions certainement.  Inutile de préciser que les tables étaient garnies d’une variété incroyable de pâtisseries, fabriquées par nos hôtes bien sûr. 

Pour tous ces gens à petit appétit, c’était démesuré, mais très chaleureux.    Après leur accueil et leurs embrassades avec Sylvain, nous avons parlé d’autrefois.  Si un ancien qui disparaît est une bibliothèque qui se ferme, Sylvain avait la chance, moi avec lui ce jour, de lire les volumes de celles-ci. Nous les avons parcourus avec passion. 

Une dame magnifique, toute plis et sourires, à la chevelure d’argent, a compris notre étonnement 

- Vous savez, nous sommes des papis, des mamies. C’est souvent à la gourmandise que nous nous référons. D’abord, parce que nous n’avons plus très faim, et ensuite parce que c’est l’un des moyens de séduction qui nous restent.  Un petit bonhomme, la barbiche presque à la hauteur du bec de sa canne, a profité de l’opportunité pour nous plonger dans ses souvenirs :  - Maintenant, nous n’avons plus faim et pourtant quand j’étais gamin, à la maison, on ne parlait que de ça. 

S’abriter, se chauffer, se protéger et se nourrir étaient nos préoccupations essentielles, mais surtout « Ne pas avoir faim ! » Ici, maintenant nous parlons de diététique, c’est intéressant mais quand j’étais enfant, on parlait de nourriture, point ! 

Le pain avait une grosse importance. Il était de quatre livres en général, on l’achetait à la pesée… - Chez nous, à la campagne, l’a interrompu un solide « …génaire », on le payait  au bourg, à la fin du mois, même celui que le commis nous livrait à l’Ecart. On comparait les tailles sur nos deux baguettes : celle du client et celle du boulanger portaient les mêmes encoches effectuées à chaque achat, “ la marque ”. 

Sa voisine, un peu intimidée, s’est lancée : - Moi, c’était la ville, mais notre boulanger était bien accommodant aussi. Quand son four était encore chaud, il nous permettait d’y cuire nos plats…. 

- Lorsqu’il était un peu trop dur, on retrouvait le pain dans la soupe. La panade des longues fins de mois, souvent difficiles, se trempait à deux voire trois repas. - Moi, gamin, avec mes frères, on attendait le dimanche. Souvent ma mère préparait du poulet et des frites. Comme la viande coûtait cher, c’était nos petits luxes. 

Les yeux de cette dame en fauteuil roulant en brillaient encore ! Maintenant, les souvenirs s’envolaient et c’est un petit grand-père tout rond, tout rose, qui a complété la précédente intervention : 

- Chez nous aussi et il venait souvent de notre petit élevage, comme les lapins, mais eux, on en vendait aussi. Avec les légumes du jardin, on arrivait à remplir les assiettes dans notre banlieue. Mon père disait : « Il faut se donner de la peine…». Je le redis à mes petits-enfants quand ils me font raconter tout ça ! - Ce que j’aimais bien, c’est aller avec mes parents dans les jardinets ouvriers, le long des voies ferrées attribués par
la S.N.C.F. ou
la Mairie. On y discutait, on jouait, on échangeait des légumes, des fruits… Parfois, nous mangions ensemble quand il faisait beau. 

Ça sentait bon quand, dans la rue, c’était le moment des confitures… Avec les conserves, nos mères arrivaient à avoir un peu de réserve. -Nous, a relevé la première dame, avec plusieurs familles nous partions faire des cueillettes et des ramas-sages de fruits, châtaignes, champignons, baies… C’était aussi de bons moments tous ensemble. 

- Mon père était pêcheur, chasseur, pas toujours autorisé… Maintenant il ne risque plus rien, a confié une nouvelle résidente. Il attrapait des poissons, des beaux souvent, même des brochets, et des écrevisses. Il en vendait à des voisins, ça arrangeait le porte-monnaie… De la chas-se, il ramenait plutôt des petits oiseaux. Avec des pommes de terre au four, c’était délicieux. - Ici, on boit mieux qu’à cette époque et c’est moins fatigant. Je n’étais pas Cosette, mais comme aînée, j’étais souvent de corvée d’eau et la borne fontaine n’était pas à côté de la maison. Pour revenir, ça montait !   

Dit avec le sourire, ça passait mieux et celui de cette dame était bien large. - On buvait beaucoup d’eau, mais pas seulement, s’est souvenu son voisin. Avez-vous connu le kéfir, le coco, le lithiné, les infusions ? Ma grand-mère concoctait même un drôle de mélange : des feuilles de frêne, plus du sucre candi, plus de la levure de boulanger. Elle la préparait dans un tonneau et la laissait macérer quelques semaines avant sa consommation Elle nous faisait, comme ça, une boisson d’été peu coûteuse et rafraîchissante.. 

- Quand même, a corrigé un monsieur à l’abondante chevelure blanche, en plissant les yeux au milieu d’une face déjà bien tourmentée, quand même, on buvait un peu de vin. Nos vignes de Seine-et-Oise n’étaient pas généreuses, enfin par chez nous. Le vin était peu coloré, et un peu tord-boyaux, mais il apparaissait parfois à table, dans le verre des adultes ou très mouillé dans celui des grands. 

- On n’avait pas de frigo, nous. On conservait tout dans le garde-manger grillagé, accroché au frais, hors de portée de visiteurs à quatre pattes. 

- Dans notre ville, au fond de galeries souterraines, on  conservait la glace découpée dans les étangs en hiver. Quand il faisait chaud, on achetait des pains de glace. Minots, on courait derrière la charrette du livreur pour boire l’eau fraîche qui coulait. On courait après tout ce qui roulait d’ailleurs : les marchands ambulants, le charrette des quatre-saisons, de laitage, de charbon, parfois de tissus, le rémouleur, les camelots… 

Dans le quartier, nos rues bougeaient.  Une dame très emmitouflée, peut-être est-ce ce qui inspirait sa remarque, a levé un autre souci passé.  - Il fallait bien aussi se chauffer. Une cuisinière, parfois un poêle, c’était bien juste certains hivers. Le sac de charbon chez le bougnat était pas donné, oh non ! Chez nous, on n’était pas les seuls, il fallait ramasser du bois mort, et les restes de charbon des dépôts des locomotives du P.L.M. 

Paris-Lyon-Marseille me fut-il traduit, la future S.N.C.F. Pendant la guerre, c’était encore plus fréquent, mais bien risqué. 

- Souvenez-vous de la brique chauffée au four pour accompagner nos pieds dans les draps froids ! Après, on a eu des bouillottes, c’était pas pareil ! - Même si on avait toujours peur de « manquer », on arrivait à faire la fête, avec pas grand chose, de la débrouille et en s’y mettant tous ! 

- Il y avait pourtant bien des malades, a dit une personne tremblotante près de moi. J’ai revu une ancienne camarade d’école communale, il y a quelques jours. En premier, on s’est souvenu que nous avions toujours la goutte au nez, des rhumes, des écorchures et aussi, c’était plus triste, que les bébés vivaient pas tous longtemps - Oui, pour la coqueluche, on nous emmenait en altitude, en aéroplane des fois. 

- Moi, j’avais peur du médecin ! Il ne venait pas souvent à la maison, mais à l’école. Il nous piquait pour les vaccinations. On pleurait presque tous.  Nous avons laissé se dérouler la longue bande de mémoire des souvenirs qui émergeaient en vrac : l’hôpital et ses salles communes, le chloroforme, les leçons de morale, les totos, les mains propres, les rigolos pas drôles, les rebou-teux, les accidents mal réparés, les bêtises, car nos aînés avaient été, pour plusieurs, des graines de garnements. La « Guerre des Boutons » n’était pas que du cinéma…  - On nous menaçait de fessées si on était attrapé, du martinet, du coin noir, mais on nous effrayait aussi avec les légendes « à faire peur » : le loup, le père fouettard, les vagabonds, les chemineaux, les bohémiens voleurs d’en-fants … et surtout l’œil des voisins. Pas besoin de caméras, la surveillance était partout… 

Nous nous sommes séparés avec, évidemment, des promesses de se revoir, de s’écrire… 

Sylvain a garanti qu’il y veillerait. Juste avant de franchir la porte, nous avons été rattrapés par un petit groupe de dames : 

- Nous n’avons pas parlé de notre école à nous. Elle était dure, mais elle était belle… Leur écrivain leur a rappelé :   

- Avec moi, vous en avez bien discuté, mais c’est vrai, je n’ai pas beaucoup écrit. La prochaine fois, je vous expliquerai ce que veulent Isabelle, ses amis et de très nombreux Français pour une nouvelle Ecole et vous, vous me direz ce que vous en pensez. Vous la comparerez à celle de votre enfance. D’accord ? »  - D’ac ! a répondu avec malice son interlocutrice. T’inquiète pas, on va y travailler.. »     Nous avons réembarqué sous les gestes d’au revoir et les envols de bisous de ces grandes gamines espiègles.



UN AMI CROQUANT AU MILIEU DES AUVERGNATS

           A la coupure de milieu de journée, ce dernier jour de semaine laborieuse, nous avions prévu d’aller pique-niquer dans un jardin public tout proche.                  Thibault, lui aussi, avait obtenu des congés. 

               Providence, il nous avait concocté un assortiment de salades, de charcuteries, de fromages et de petits gâteaux bien sympathique. 

            Avec la complicité du gardien, il nous avait réservé un petit coin ensoleillé, un peu à l’écart des passages et bien aménagé. Nous avons fait honneur à son ingéniosité mais en nous contentant sagement d’eau minérale. 

             Lucas était de la partie. Après son propre repas servi par Maman, deux ou trois gazouillis, il s’endormit en souriant aux rayons doux de cette journée d’avril. 

             Nous avions plusieurs fois évoqué, en diverses occasions, les élèves d’Emmanuel. Sylvain avait reçu un appel de Thierry, le responsable de
la S.E.G.P.A. 

            Depuis l’hospitalisation de Sylvain, c’était devenu assez fréquent et ils avaient fortement sympathisé. Au cours de ce dernier contact, ils avaient envisagé une possible rencontre avec les ‘’gars ‘’ de Manu. 

           Notre ami nous a proposé de venir avec lui au collè-ge, le mercredi suivant. L’établissement serait fermé, donc notre venue plus discrète, et, ce jour-là, les délégués avaient quartier libre… 

          Ce n’était pas possible pour Karine, déjà engagée auprès de sa famille banlieusarde. 

           Pour moi, c’était d’accord, mais pas sans appréhension… 

             Ce vendredi, je devais partir directement Gare de Lyon à l’issue des comptes-rendus. J’ai appelé Alice et Robert pour leur demander d’inviter Thierry, son épouse et Sylvain avec sa compagne éventuelle, mardi soir. Je souhaitais préparer notre rencontre avec les jeunes… 

          Ils ont été plus que ravis par la perspective de cette soirée. J’ai dû vite interrompre leurs propositions de menus. 

         Sylvain confirmerait notre rendez-vous auprès de Thierry et lui transmettrait l’invitation pour mardi soir. 

          Lui s’arrangerait avec l’hôpital, pour une fois, quant à sa compagne, il verrait… 

            A la reprise, nous avons eu à décider d’un point latent depuis le début.   

          Dès le premier jour, nous avions prévu de remettre solennellement notre Charte à un trio de députés. 

          Nous avons beaucoup hésité, beaucoup discuté. Jusqu’à ce jour, nous avions évité de recourir officiellement à un élu. Il y en avait parmi nous, il y en avait encore plus dans les comités, dans les groupes de villages, de quartiers mais tous étaient présents à titre personnel. Ils ont bien joué le jeu, autant que les professionnels de la presse. 

          A Paris, dans notre cirque, nous ne comptions aucun parlementaire et pourtant une proposition de loi devait être déposée par l’un d’entre eux. 

           Il nous a fallu faire chauffer nos neurones. Nous étions quelques-uns à avoir dans nos relations, nos amis mêmes, des élus que nous pouvions solliciter, mais notre problème était plutôt, parmi les nombreux politiques sympa thisants de notre mouvement, lesquels contacter ? Lesquels choisir sans vexer les autres ? 

          Les enseignants siégeant à
la Chambre des Députés ou au Sénat étaient nombreux, mais nous voulions conserver à notre Charte son universalité. 

         Le grand brassage des volontés, des personnes très diverses, avait été le ferment de notre vaste  mouvement. Nous ne voulions pas non plus, quelles que soient les qualités, la notoriété de l’élu, privilégier un parti politique. 

           C’était vraiment un casse-tête, nous l’avions évoqué dès notre arrivée dans la capitale, mais sans insister. 

           Mes collègues étaient dans le même état d’esprit que moi, alors nous nous en sommes remis au Bureau des Sages pour trouver des propositions à discuter. 

           Et nous avions raison. Presque… 

            Les échanges, par téléphone, par le net avaient tissé leur toile entre la plupart d’entre nous et leurs amis des comités. Des discussions avaient agité tous les contacts. Des conseils, des offres s’étaient précisés. 

              Ce vendredi, juste à notre reprise, en début d’après-midi, les Sages nous ont présenté le résultat de cette recherche souterraine. 

           Un collectif de parlementaires s’était constitué, à l’insu des autres élus et surtout de leurs dirigeants ; U.M.P. P.S VERTS, P.C. CENTRE GAUCHE, CENTRE DROIT et même N.P.A., de nombreuses formations y étaient représen-tées. 

            Chacune, parfois chaque courant, avait un volontaire qui dès le début avait manifesté sa sympathie avec les volontés exprimées par Manu. Ils avaient tous, sans ostentation, participé aux premiers travaux dans des petits groupes. Ils avaient, tous, ressenti cet élan qui avait amené l’Ecole à la crête d’une immense vague. 

             Ils avaient eu, comme prévu, du mal à se départager. Cet embarras du choix était encore une bouffée de chaleur qui nous faisait du bien. 

             Ils étaient sept, c’était peu en regard des volontaires, beaucoup pour déposer une proposition de loi. 

          Je ne connaissais pas vraiment le système législatif pour cette opération mais ceux qui, parmi nous, étaient plus avertis semblaient confiants. 

       Nous avons décidé de nous en remettre à l’expérience de nos amis élus. Il le fallait car il était certainement nécessaire qu’un délai soit respecté pour ce précieux dépôt.  

        Une intermède a émaillé, peut-être y en eut-il de plus discrets, l’intérêt, particulier, d’élus nationaux pour notre choix. Je ne résiste pas à l’envie de vous la faire partager. 

           Le hasard a voulu que je sois présente lorsque l’un de nos sages reçut la visite de l’un de ces députés postulants pour déposer notre proposition de Loi. 

          Il a traversé notre petit groupe avec de grands sourires et une chaleureuse curiosité pour notre occupation. Il n’était pas un inconnu pour nous et les écrans, parfois, cadraient sa faconde. 

         Les éclats de voix nous ont attirés et notre collègue, d’un signe, nous a invités à venir les rejoindre. 

         – Je ne vous présente pas mon… ami ! Il est volontaire pour nous représenter auprès de l’Assemblée Natio-nale. Il estime que nos relations personnelles, amicales, dit-il, devrait, lui le parrain de mon fils, m’incliner à vous proposer avec conviction sa candidature. 

              Je suis heureux de pouvoir vous rendre témoin de ma réponse… 

           Nous nous attendions à un plaidoyer amiable en faveur d’une personne aussi spontanément empressée. 

       Ce fut une leçon d’amitié un peu spéciale que nous servit ce délégué pharmacien lyonnais : 

         – …Tu veux savoir pourquoi je ne te recommanderai pas à mes partenaires… Pourquoi pas ? 

         Tu es un ami, mais un ami universel et tu en fais une carte de visite. Pour moi, tu ignores ce qu’est l’amitié.   

          Depuis que je te connais, tu sais être aimable, familier, copain… J’ai compris, peu à peu. Cela ne se vérifie, je crois que c’est malgré toi, que dans la mesure où cet investissement humain rapporte ou peut rapporter des services, de la notoriété, un avancement, du pouvoir, une cour, de l’argent bien sûr mais pas exclusivement. 

         T out poisson pris dans le filet de ta bonhomie est jaugé en fonction de son potentiel d’intérêt. Il est rejeté, écarté dès qu’une autre prise devient plus rentable ou dès que « l’ami » devient trop perspicace, trop difficile à contrôler. On ne peut miser sur la gratuité de tes actes. Il faut même s’en méfier car, ta connaissance des individus, te permet de te défiler de l’amitié comme des responsabilités dès qu’elles deviennent encombrantes voire risquées. Je suis persuadé que malheur à celui, ceux qui auraient approché de trop près ta réalité. Poulpe d’eau peu claire, tu sais les noircir d’une encre insidieuse… 

          Tu voulais savoir pourquoi, toi, le politique adroit, l’ami de tous, le copain des fêtes, des cérémonies, nous ne souhaitons pas t’accueillir parmi nos gens de bonne volonté ? Eh bien tu le sais maintenant. 

           L’Enfant, pas ton enfant, celui de notre responsabilité collective, ne sera jamais pour toi une finalité ! Pour qu’il t’intéresse, il faudrait qu’il soit éducable afin qu’adulte, majeur, il puisse au moins voter et, peut-être, devenir un « ami de rapport ».  

         Son interlocuteur nous regardait, comme pour nous prendre à témoin du délire imprévu de notre Sage. Sonore, le timbre de notre collègue ne s’était jamais emballé et, c’est vrai, il semblait parfaitement apaisé. 

          Le pharmacien a terminé alors que, crispé mais toujours souriant, s’éloignait son ex-ami : 

        – Ceci m’a fait du bien. Je perds un « ami », mais ma conception de l‘Amitié gagne en pureté, en vérité, en intensité. A toi, à tous tes semblables, je confirme ; « Bon appétit ô ministres intègres ! ». Aux voraces du « bouffer pour exister » je préfère les coups de main des « petits, des sans grades… » riches de l’altruisme de ceux qui servent, pas qui se servent. 

           Depuis que Manu a impulsé notre Mouvement, j’ai rencontré bien de ces gens pour lesquels l’Amitié n’attend rien pour eux, sinon le sourire de ceux que l’on a aidé et surtout la victoire effective après avoir combattu pour qu’un peu plus d’humanité soit distribué. 

           Ces gens sont multiples, anonymes, célèbres, employés du public, du privé, artistes, élus politiques, rentiers, bas et hauts fonctionnaires, modestes auxiliaires et grands patrons… 

           L’amitié et l’intelligence du cœur n’ont pas besoin d’être encartée pour être. 

            Nous avons poursuivi notre travail, sans filet apparent, pendant que nos futurs messagers œuvraient pour préparer notre grand Evénement. 

             Que cette opération soit possible ainsi et au moment voulu ou non, nous avions décidé que mercredi prochain serait notre Jour et que la plus grande publicité possible lui serait donné.. 

          Nous avons continué, rapporteur après rapporteur, à rendre compte des conclusions de chaque groupe de travail. 

          A la fin de la séance, chacun a reçu un brouillon photocopié de toutes les synthèses, avec la consigne de les revoir pendant ces deux jours de pause pour un complément d’étude discret. 

           La vigilance la plus grande était recommandée. Toute diffusion prématurée ne pourrait que nuire à l’impact que nous voulions donner à nos conclusions.  

        Les au revoir ont été, en général, brefs : « Bises, à la semaine prochaine ! » et la dispersion rapide. 

             Sylvain a proposé un détour à son taxi ambulancier pour me déposer à la Gare du Sud, chantée par Patrick, mon troubadour occitan. 



JULIETTE EN COLERE.

                  Ma soirée, toujours aussi ouatée par mes deux tuteurs, a surtout été marquée par l’indignation de ma fille.  

                En début d’année scolaire, nous nous étions un peu étonnés de l’initiative de sa maîtresse qui instituait une assemblée de discipline. Elle devait, en fin de semaine, distribuer, les avis de satisfaction et les réprimandes. Se voulant démocratique, cette institution relevait plus, à notre sens, du tribunal populaire que de la réflexion autour des conduites.                           Nous en avons parlé lors de la réunion de rentrée. Ce n’était qu’à l’état de projet alors. La professeur des écoles nous a rassurés en précisant que cela restait très esprit coopératif, se ferait avec un vote des élèves et qu’elle en serait l’arbitre.

              Hier maman, c’était pas le jour mais, vers 16 h, elle nous a dit :            « Rangez vos affaires, on va tenir notre réunion de discipline ! »          

          On savait un peu pourquoi, il y en a deux, des filles, qui se sont insultées et bagarrées pendant la récré. Les autres criaient autour…             La maîtresse les a fait venir au tableau et nous a dit : « Que pensez-vous de leur conduite ? Qui est coupable ? Que faut-il lui faire ? »           Déjà, j’ai pas aimé qu’elle parle d’une coupable, sans savoir, ensuite avant de dire ce qu’on pensait, il faudrait peut-être les écouter, leur poser des questions….             Jonathan a commencé :           « C’est Line qui a provoqué Shirley, je l’ai vue! »  

           Line a crié que c’était pas vrai, que Shirley avait commencé déjà hier. Shirley a répondu que Line ne faisait que la traiter, se moquer d’elle, lui dire qu’elle était mal habillée, qu’elle sentait mauvais et que sa mère était grosse…                     Alors là, dans la classe, il y en a qui ont dit : 

            « C’est vrai, elle est comme ça, et même que son père se dispute avec tout le monde. »            Les autres protestaient :  

           « On s’en fiche de ça ! Si Line l’a insultée, c’est normal que Shirley lui réponde ! »              La maîtresse a tapé sur son bureau et elle a remarqué : « Est-ce que ça justifie qu’on tape sur celle qui se moque de vous ? »  

         Moi, j’ai levé la main et j’ai dit : « Oui ! »           « Enfin Juliette, pas toi qui cherches toujours à arranger les disputes ? »   

         « Mais Madame, quand on ne sait plus quoi répondre, quand on se moque de nos parents, de nos vêtements… on peut être tellement en colère parfois qu’on ne se retient pas, on a trop de honte ! »             Dans la classe, il y en a qui m’applaudissait, qui disait que j’avais raison…

            Les copines de Line, elles, elles me criaient après.           C’était un beau bazar !     

         Alors tu sais maman, tu vas être convoquée avec Papa, parce que j’en ai eu marre, j’ai pris mon sac et je suis partie. 

          On m’a bien entendue ; tout le monde s’était tu.           « Moi, je ne veux plus faire ces réunions. C’est injuste ! On punit, on récompense mais on n’écoute personne. Ce n’est pas à nous de dire si c’est bien ou mal, c’est à vous ! » 

         La grille était déjà ouverte et tes copines, dehors, elles m’ont vue sortir en pleurant. T’inquiète pas, c’est parce que j’étais énervée seulement…         Je n’ai pas voulu que papa t’en parle en premier, je préfère que ce soit moi…  

         Il a téléphoné à l’école pour dire que j’étais bien à la maison et que vous passeriez voir la maîtresse à ton retour.         Demain, il faut que j’y retourne mais ça ne me fait rien. Tant pis si je suis punie, mais pas par les autres cette fois. »  

           Je pensais que si l’école avait eu une véritable équipe, un directeur présent et non itinérant, cette dérive ne se serait pas produite…            Je n’ai pas consolé ma fille, ni approuvé, ni blâmé. Je lui ai dit que je comprenais qu’elle ait réagi comme elle le sentait… que surtout, elle n’avait fait de mal à personne, sauf à l’amour-propre de la prof., mais ça je l’ai gardé pour moi 

          Je lui ai conseillé de ne pas attendre pour en parler bien tranquillement avec Line et Shirley, comme le faisait si bien ma Juliette de
la Paix. Ce serait bien, surtout, si aucun clan ne se formait autour de cette histoire. 
 

          C’était beaucoup pour ses neuf ans, mais elle en était capable…           Je l’ai réprimandée pour avoir apostrophé la maîtresse et avoir quitté l’école avant l’heure… Elle s’attendait à une punition et l’acceptait à l’avance.   

        On en reparlerait à la fin de la semaine.             Dans l’ensemble, j’ai dû exprimer ce qui convenait car sa voix s’est faite plus posée et elle m’a claqué un gros bisou sonore avant de me passer Killian, patient pour une fois.           Lui, c’était surtout son mercredi avec papa, son entraînement de foot et la visite de David qui meublaient son monologue. 

            Yann m’a confirmé tous leurs propos, m’a rassurée sur le comportement de Juliette, a approuvé, (Quel maladroit !) son indignation et c’est moi qui ai dû le calmer…  

          Evidemment, ce fut le sujet de conversation de la fin de soirée et, évidemment, Juliette avait gagné deux supporters de choc, pas objectifs du tout.   



EXTRAIT DE  » Et l’Ecole renaîtra de mes cendres »

             Le trajet était assez bref ! Le wagon, bien rempli, exhalait les fortes odeurs de fin de journée ; un bouquet plus que varié ! Mais la cueillette de sourires, non négligeable, était aussi surprenante que sympathique, le plaisir du retour sans doute… Cela tombait bien, je me sentais guillerette !  

             Robert et Alice savaient que le dîner, la soirée se-raient à nous. Ils m’ont encouragée à rejoindre Yann et mes deux trésors. 

            Nous avions bien discuté avant mon départ à propos de mes réunions à Montpellier et, déjà, les soirées à la maison, leurs échanges dans la cour de récré avaient bien dégrossi Juliette et Killian. 

             Pourtant, quand en grimaçant vers l’objectif de la webcam, ils m’ont demandé si je m’amusais bien, j’ai tenu à rectifier cette mauvaise interprétation de mon voyage :  

            – Bonjour les trois grands ! 

            Trois avec un peu d’imagination parce que leur gros plan me laissait peu de chance d’apercevoir Yann. 

           – Je ne m’amuse pas mais je vais bien et je suis con-tente de ce que je fais. Savez-vous quoi au juste ?  

            Killian n’a pas laissé le temps à Juliette de s’aligner au départ, il a foncé : 

              - Ouais !‘’Oui’’, a grondé le papa. Quand j’étais là, il laissait passer…  Toi et tes copains, vous n’aimez pas l’école. Vous en voulez une autre !  

          A peine le temps d’un soupir, insuffisant pour ses voisins, et Killian a déclaré : 

          – Moi, j’en veux une au fond de la mer ! » 

          Triple regards convergents et interrogatifs vers lui… 

          - … On aurait des tuyaux, pour sortir de la grande bulle. On rencontrerait tous les poissons, même des pas connus… 

         On irait dans des fermes et on apprendrait à manger des algues… 

         Balle à Juliette, elle rentre dans l’histoire de son frère et s’inquiète, pratique : 

        -  Comment tu irais? 

        – Ben en ascenseur à air, directement dans la grosse bulle en verre, tiens ! » 

        C’est évident, ma chère sœur ! 

        Elle joue le jeu : 

          -Tu apprendrais à lire, à écrire et à compter là-dessous ? 

           – Il faudra bien ! (ça y est, il a plongé !). Sinon comment on pourrait connaître tout ce qu’il y a au fond ? On ne saurait pas comment ça marche ou comment ça vit ! 

       – Et écrire ?           

           – Encore plus besoin, si on veut marquer tout ce qu’on trouve, si on veut le raconter aux autres sur la terre et dans les écoles des autres mers… 

            – T’auras un ordinateur ? 

         – Forcément, le papier ça tiendrait pas longtemps dans le mouillé ! Même avec l’ordinateur, il faudra quand même écrire, dessiner, mettre des photos… pour tout garder. 

- Apprendre à compter, alors ? 

    – Fastoche ma vieille : dans la mer on compte tout ; il y a des milliards de poissons. 

       Il ouvre largement les bras pour embrasser cette multitude. 

            -Des crabes. Moins de baleines, mais c’est plus gros. Les requins aussi faudra les compter, en faisant attention… 

          -Tu resteras dans la mer plus tard ? 

            -J’sais pas, j’suis trop petit. Pis, après la mer, je voudrais avoir une école de rivière, de montagne, de désert, de forêt, de jouets ( !) … 

      -Tu n’as pas fini d’aller en classe ! Essaie-t-elle de le décourager. 

        -Ça fait rien, si ça me plaît…   

        Et c’est nous qui cherchons comment justifier l’Ecole, mettre les enfants en appétit… 

          Ni Yann, ni moi, n’avons interféré dans leur échange. Ils étaient tellement dans leur jeu de construction que nous immiscer aurait tout brisé… 

          Un jour, je leur dirai que ce n’est pas si loufoque cette idée d’une Ecole perpétuelle et omniprésente… 

           Peu de place pour Yann et moi lors ce premier rendez-vous. 

                 Quand nous avons commencé à parler de ma journée, les deux curieux, ont foncé, surtout lorsque j’ai raconté la rencontre avec Karine et avec Sylvain. 

          Lui, ils le connaissaient. Les conversations surprises, la télé, et toujours Radio Copains…            J’ai dédramatisé. J’ai dit la vérité : je n’avais pas vraiment eu le temps de lui poser de questions. On verra plus tard… 

           Ils se sont enfin lassés et j’ai pu retracer les grandes lignes de ce début de séjour parisien. L’accueil des horlo-gers, l’arrivée et la rencontre avec Karine, l’organisation de notre session, la découverte de Sylvain, mon trac sur la piste, le retour en métro et mon optimisme… 

           Yann a donné son appréciation notée : « 15 sur 20, semble à l’aise ! » 

           Quant à lui, rien de spécial, du courant… Menteur ! D’habitude, il est au bureau, ne prépare pas les repas, ni les vêtements des enfants. En revanche, il participe bien au ménage en fin de semaine et se spécialise, en vaisselle, dans la catégorie gamelles… 

           Donc pour le courant, il repassera… Non quand même pas, pour le linge, j’ai prévu quelques heures de chèque emploi… 

             Une voisine vole à son secours… 

          Il est un peu agacé pourtant : jamais son père, mes parents et surtout sa mère n’ont éprouvé si souvent la nécessité de le joindre. Inquiétudes, manque de confiance, traduit-il ! 

             Il a interdit les visites, si je peux revenir samedi et dimanche, mais il ne peut museler le téléphone 

        Le comble, c’est lorsque Juliette et Killian s’emparent du combiné avant lui… Il a l’impression de les entendre faire leur rapport et se délecter à détailler ses initiatives ménagères…                 Il n’arrive même pas à détourner la conversation vers moi. 

           Après des câlineries virtuelles, c’est chaud l’éloignement, nous avons renvoyé au lendemain la suite du feuilleton familial… 

            Maintenant, porte ouverte à notre groupe du village élargi à d’autres chateurs autorisés. 

           Premier contact avec Alain. Il s’est chargé de préve-nir tout le monde, messagerie arabe, pour notre colloque. 

            J’ai déplié le menu de ce lundi, exposé en détails mes impressions et mes commentaires. 

           Chacun y va de sa question ; j’apporte les précisions et inscris les points sans réponses, pour l’instant. 

             Comme après un examen, ils s’inquiètent auprès de la candidate : 

           – Tu n’as pas oublié de dire… ? 

          – Et eux, qu’est ce qu’ils pensent de… ? 

            – Quelle était l’ambiance… ? 

           – Est-ce qu’ils y croient… ? 

            – Et dehors, t’as rencontré des gens pour, des gens contre… ? » 

              Je n’ai rien omis. J’ai tout raconté, la colère de Karine en ouverture, l’intervention surprise d’Huguette et la venue de Sylvain. 

              Déception, il ne nous a pas parlé de Manu ! 

            Eux aussi me percevaient détendue depuis mon entrée dans le cirque et se réjouissaient de recevoir mes ondes d’espoir. 

            Notre ancien, Bernard, m’a proposé de faire, après chacune de nos rencontres, le compte rendu sur le blog. Il avait tout noté. Demain matin ou cette nuit, il me résumerait les premières réactions. 

            Ils savaient déjà pour Karine et Huguette, normal : les infos. Cela s’était passé dehors. La presse ignorait et devrait encore l’ignorer, la présence de Sylvain            Pourtant avec l’ambulance, les pansements… 

           Peut-être de la discrétion… Dans certaines rédactions, oui ! Toutes, je n’y crois guère. 

          A présent, à table, je suis espérée. 

           D’abord, apéro, Carthagène maison et rapport en guise de biscuits. Attention, j’ai école demain… 



RESPECT et CREDIT

                        DISCOURS PRONONCE AU NOM DE L’ASSEMBLEE DES DELEGUES POUR L’ECOLE 

Notre Ecole 

Mes amis délégués m’ont demandé de conclure cette formidable période pendant laquelle, depuis le 31 janvier, depuis qu’Emmanuel nous a réveillés, partout en France, en métropole, outre-mer, chez nos compatriotes émigrés, nous avons rêvé l’Ecole, pensé à sa renaissance et fouillé, notre conscience collective pour lui donner un nouvel essor. 

Il sera facile de dire que nous avons enfoncé beau-coup de portes ouvertes mais pourquoi alors n’avaient-elles pas été vraiment franchies et dépassées ? 

Qu’est-ce qui a changé ? Tout et pas grand chose… 

Tout, parce que lorsque vous avez labouré le sol, bien aéré, mis de l’engrais, vous pouvez croire en de plus belles récoltes ! 

En toute lucidité, sans ignorer les orages possibles mais avec l’assurance que nous serons assez attentifs et assez forts, ensemble, pour les dépasser… ‘’Il est paraît-il des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril’’ chantait le grand Jacques… 

Nous avons la prétention de croire que le champ de l’Ecole, bien travaillé, par nos efforts intelligents, bien chauffés par nos espoirs plausibles, verra naître, peu à peu, de lourds épis. Nous en tirerons les meilleures farines, les pains les plus nourrissants, pour alimenter notre civilisation dans sa marche perpétuelle. Pas grand chose, car, éduquer, transmettre connais-sances, savoir-faire, rites, codes, par l’exemple, la mémoire perpétuée, l’envie d’améliorer, progresser simplement, sont les grands actes éternels de notre phylogénèse, le propre du développement de l’humanité, et de… Allons jusqu’au bout, de la répétition de chaque ontogénèse, l’incontournable élan vital pour le développement de chacun d’entre nous 

Pas grand chose, parce que la transmission des savoirs a connu de belles formes, a rencontré de magni-fiques initiatives, parce que notre Ecole est le terrain où ont fleuri des réussites plus ou moins longues. Les idées existaient mais si fragiles, soumises au ra-bot des textes officiels, noyées dans les vagues des mesuret-tes démagogiques et des coupes budgétaires aveugles. 

Partagé entre l’incompréhension, le tumulte des réfor-mes successives, jamais menées à leur terme et le souvenir, souvent lointain, brouillé mais idéalisé de ’’l’Ecole d’Autre-fois’’, il n’était pas facile de se déterminer. Il a fallu ce dramatique détonateur pour que s’ouvrent, se libèrent les esprits.  Nous espérons, que le postulat suivant, bien posé par cet énorme réveil, restera ancré dans notre évidence collective:  « Eduquer est la responsabilité, le devoir, la chance de tous, même non parents, pour que demain soit le fruit amélioré d’hier et d’aujourd’hui. » 

Encore faut-il que ces fruits ne soient pas calibrés aux normes d’une oligarchie de technocrates mais à celles de la communauté consciente et vigilante. 

Deux autres évidences, décidément nous nageons dans les lieux communs, l’Instruction et le Savoir-Faire sont les finalités de l’Enseignement ; déclinés à tous les niveaux de la Connaissance vers son Infini… 

Leur manufacture, c’est l’Ecole ! 

Une Ecole acceptée dans sa diversité et gérée en fonc-tion de cette diversité grâce à son projet, son équipe, son animation et des moyens adaptés aux circonstances, tout simplement. 

« L’enfant est le père de l’homme », Dr Alfred Adler, souvenirs de délégués versés en psycho, pas les miens. La formule, ancienne, n’était pas de lui, auparavant, déjà la res-ponsabilité de l’enfance, potentielle du futur, était admise. Faut-il rappeler, qu’avant d’être autonome, mature, un être humain parcourt des étapes qui ont chacune leur spécificité et devraient, toutes, s’accomplir pleinement et se coordonner harmonieusement. 

L’élève est la matière première de l’Ecole, mais pas une matière brute. Il a déjà un vécu, des acquis, une personnalité individuelle, familiale sociale, qui sont sa richesse, ses diversités, ses faiblesses… 

Jamais une classe ne sera une entité mais, toujours, il devrait être possible d’en faire une belle collectivité, animée par la même finalité : apprendre Oui, les différences d’aptitudes existent et ne permet-tent pas à tous d’avoir les mêmes buts professionnels 

Oui, les différences sociales sont aussi éliminatoires et là, l’Ecole ne jouait pas toujours son rôle et menaçait de le jouer encore moins avec les orientations officielles. Nous admirons ces jeunes gens qui, avec volonté, af-firment leurs compétences et arrivent dans les grandes écoles, mais nous admirons encore plus leurs familles qui, souvent, les ont portés avec force et sacrifices. 

Nous déplorons la mise à l’écart des ces autres jeunes que leurs familles n’ont pu aider et encourager… Ces jeunes que la société et ses freins ont découragés…Des Mozart assassinés peut-être ?  Un jeune de Polytechnique l’a dit lors d’une émission dans son établissement avant que Manu nous réveille : « La chance commence à l’école maternelle et élémentaire… C’est vrai, la grande force de rattrapage des inégalités originelles, c’est l’Ecole et là, désolé, mais on supprime cette chance. C’est un autre débat mais c’est aussi le début de tout. 

Aujourd’hui, vous prenez le problème à mi-chemin, voire au bout en déplorant les laissés sur les côtés, mais sans vouloir comprendre pourquoi on ne les a pas pris en compte avant… » Voilà ce que nous avons retenu de ce beau coup de gueule… Il n’était pas unique, oh non ! Mais venant de l’un de ces nantis du système tels que l’on voyait ces Grands Elèves, c’était assez fort… 

Nous avons pu entendre également un jeune scolarisé à l’étranger où s’étaient établis ses parents, s’étonner de la prise en charge de leurs frais de scolarité par l’Etat : « Nos familles ne sont pas démunies, loin de là, sou-vent les entreprises qui emploient nos parents prennent en charge ces dépenses. Alors, disait-il, je pense que c’est in-juste pour ceux qui en France galèrent beaucoup plus que nous ! » 

Nous avons apprécié ces déclarations !  Respect à leurs auteurs !  Nous n’insisterons pas sur la mise en place de prog-rammes incohérents, « fondamentaux », mais dénués de rat-tachement avec des activités qui les justifient pour les élèves.  Par exemple, l’ajout de temps d’E.P.S, de langues ét-rangères, mais la diminution des heures de cours… Des murs de connaissances ont été bâtis sur le sable des hétéro-généités mal compensées, des savoir-être fragilisés… 

L’enseignement doit accorder une grande part aux fondamentaux, c’est évident, et s’efforcer de les mettre en priorité dans toutes les activités scolaires, transversales, par le langage notamment … L’enseignement doit accorder une grande part aux savoir-faire, à la prise de confiance, à la prise de responsabilités, au développement intellectuel et sensori-moteur. 

Les programmes doivent être réalistes, logiques, cohérents, basiques et pourtant ambitieuxLes bilans, les remédiations doivent en marquer les étapes pour une progression selon des acquisitions confirmées et non un catalogue d’objectifs. 

Les transitions entre cycles, de la maternelle au lycée doivent être bien marquées. Le cursus des apprentissages d’un enfant, d’un jeune doit s’inscrire dans une continuité sous–jacente, cons-tante, cohérente, de la crèche à la fac et à l’entrée dans le monde du travail. 

Les choix d’orientations doivent être étudiés, valorisés selon les aptitudes et les souhaits de l’élève, confrontés à la réalité du marché de l’emploi. Dans ce cursus, le redoublement n’est pas refusé par principe, mais il nécessite un regard très précis sur les difficultés de l’enfant, sur les erreurs d’orientations et établir nettement le profit escompté de cette proposition. Il faut souvent l’accompagner d’une aide complémentaire particularisée. 

Il nécessite toujours un projet individualisé, véritable contrat entre le jeune, sa famille et l’Ecole..  La formation scolaire de chaque personne, doit pouvoir être continuée ou reprise aisément en des institu-tions ouvertes à tous.  Des passerelles souples doivent être rendues possibles, à tous niveaux y compris pour les apprentissages abandonnés puis repris, pour les enseignements partiellement lacunaires et pour les remises à niveau comme pour les enseignements complémentaires nouveaux 

Un regard très pointu a été porté sur la maternelle. 

Des attaques éhontées l’ont assaillie. Nous la considé-rons comme l’essentiel des bases de chance pour enfants : elle commence avec l’intelligence de gens de métiers, d’en-seignants formés, l’égalisation citoyenne, la construction de la langue, la mise en place des savoir-faire, des gestes adap-tés aux besoins, de la confiance en l’adulte… Le travail, dès la petite section, est formidable car capital. Sans vouloir m’étendre sur la compensation sociale si utile, je souligne celle de l’harmonisation des pratiques sensori-motrices, des mises en situation des apprentissages gestuels, du soin, de la prise de confiance… et surtout du langage, si inégal d’un enfant à l’autre. Le rôle de diagnostic et de préparation des élèves avant les apprentissages plus « scolaires » n’est pas contestable. 

Les témoignages admiratifs du travail effectué dans ces premières étapes de la scolarité abondent. Comment ignorer les psychopédagogues qui nous enseignent que les six premières années sont fondamentales pour la formation de l’intelligence ? 

Apprendre et enseigner, cette dualité repose, pour le maître, pour l’élève, sur la volonté d’obtenir. Elle s’appuie sur la réflexion, sur la réalisation, sur la correction, sur la répétition évoluée, sur la mémorisation, sur l’évaluation du chemin parcouru à bref terme, le temps d’une leçon, à long terme, le temps d’une année scolaire par exemple…   

L’élève doit vivre ses apprentissages plutôt que les subir. Truisme encore, non, non, ce n’est, n’était, je l’espère, pas du tout évident selon les conditions d’enseignement… Sans dispersion, mais sans restriction, laissons les équipes, les enseignants proposer des activités spécifiques pour enrichir les connaissances, les savoir-faire, trouver des motifs à utiliser, à perfectionner « les bases fondamentales » . 

Les activités intergénérationnelles réelles, par exemple, sont très valorisantes pour tous et riches en connaissances pour nos jeunes. Nos établissements ont fourmillé d’initiatives originales, motivantes, certaines, beaucoup étaient, sont discrètes, d’autres se sont révélées dans des revues pédagogiques ou de vulgarisation. Elles doivent nous inspirer. 

Nous voulons que, dans notre Ecole, l’enseignement se base sur la pédagogie différenciée, sans dissocier une classe hétérogèneSur un fonds commun, les exercices préparatoires sont adaptés, les réflexions et recherches, aidées, guidées individuellement ou par petits groupes. La leçon est collec-tive, mais les exercices d’entraînement sont progressifs selon les difficultés et les corrections conduisent à de vraies répétitions, voire remédiations… 

Ainsi se revalorise une véritable pédagogie de cycle. Même les non professionnels de la pédagogie ont appris ce qui était possible, souhaitable, en écoutant, questionnant tous ceux dont le métier est d’enseigner. 

Nous avons insisté sur la nécessité, à chaque étape des acquisitions, de bilans non pas discriminatoires mais, témoins personnalisés des progrès, des retards, de la mosaïque des apprentissages réels. Des bilans qui aident à établir le devenir à long terme de tous les élèves  

Des bilans qui précisent aussi la démarche et l’impact du travail pédagogique de l’enseignant, de l’équipe de cycle, de l’équipe d’école… Aucune progression ne doit être envisagée sans un bi-lan réaliste, comparée à la Norme Nationale et à la réalité des cas. 

Pas de bilan sans que soient prévues les remédiations adéquates non plus. Il est essentiel, Messieurs, Mesdames les comptables, que les effectifs permettent cette pédagogie différenciée et ce suivi individuel. 

Nous demandons que les prescriptions de carte scolaire soient souples. Le maintien d’une école dans chaque commune, dans chaque quartier est souhaitable mais ne doit pas tomber dans l’absurdité dans les deux sens, Une classe unique, de moins de 12 inscrits effectifs, est une réalité difficilement défendable et il est judicieux d’étudier les propositions pour des regroupements par niveaux entre villages voisins, si on veut garder une vie scolaire dans l’agglomération. 

Nous évoluons dans le cas par cas, sans généralisa-tion. De même, le couperet aveugle des normes chiffrées doit être émoussé, nuancé à quelques unités près pour les fermetures comme pour les ouvertures. 

L’avenir de l’évolution démographique ne peut pas être occulté non plus. 

Le dossier scolaire ou les registres d’inscription permettent de retracer le cursus d’un élève, cela suffit ! Les identifiants personnalisés sont à retirer. Seules les archives informatisées, ou non, doivent garder la trace du passage de l’enfant dans l’école et uniquement pour ses résultats et son orientation. Elles ne doivent permettre aucun pronostic comportemental, aucune appréciation qui d’ailleurs ne pourrait être que circonstancielle, en aucun cas elles ne doivent être préjudiciables à l’avenir de l’enfant. 

L’hétérogénéité de nos populations enfantines oblige à une attention envers chacun. L’égalisation des chances suppose vouloir atteindre des objectifs communs mais doit, justement, tenir compte des départs des aptitudes divers. Il ne faut pas omettre que la précocité aussi peut être perturbatrice et qu’elle doit être prise en compte comme tout ce qui différencie les enfants. 

Le dépistage, la prise en considération, le soutien des élèves en difficulté seront menés, en étroite collaboration avec l’équipe pédagogique, avec l’enseignant, avec la famil-le, par des intervenants spécialisés. L’instauration d’heures supplémentaires pour les enfants « volontaires » en difficulté est cautère sur jambe de bois. Sans s’étendre sur leur caractère ségrégatif vite ressenti par les élèves déjà marginalisés par l’échec. 

Comment pouvait-on assurer deux heures de sou-tien, en fait, pour être précis, de compensation des deux heures retirées le samedi matin ? Peu d’horaires sont positifs ! 

La plupart des équipes, encore mobilisées arrivent à une seule proposition : cours de soutien le samedi matin !  Réponse des autorités, pas question car contraire à la réfor-mette. Alors que choisir ? Le temps d’interclasse : ½ h avant ou après le repas de midi ! Imaginez la motivation de tous, élèves et enseignants, chaque jour pour arriver à combler ces 2 h supprimées. Le soir, après la journée de classe : 1 h le lundi par exemple :  ¼ h au moins de récré après la journée de classe, installation, rangement, sortie… dans le meilleur des cas ½ h à 3/4 h de cours qu’il faudrait personnaliser pour plus d’efficacité. 

Alors, prends l’argent et tais-toi … Est-ce là, la solution ? Non ! Il existait les temps d’études dirigées, on aurait pu les adapter, c’est toujours possible à condition que le rythme de la journée soit bien revu. 

Nous avons évoqué la pédagogie différenciée, il faut penser les effectifs qui en permettent le plein exercice. 

Reste le samedi matin, reste le mercredi matin et la question du rythme hebdomadaire et du temps de l’enfant en général.  Le réseau d’aide doit retrouver et amplifier son action pour les difficultés spécifiques. Sa suppression est un non-sens qui rejette l’enfant vers la capacité culturelle, financière des parents à se retourner vers les aléas du privé.  Le soutien doit se concevoir pour tous. Laide aux enfants naturellement, mais aussi, aux familles, aux enseignants en difficulté. 

C’est très souvent le directeur qui fait office, sans formation spécifique, de premier intervenant, de conseiller. Ce n’est pas ignoré par l’administration puisque dans l’entretien de candidature, des questions envisagent ces situations ainsi que les problèmes relationnels… 

Ce n’est pas un administratif itinérant qui pourra répondre aux imprévus, aux urgences fréquentes de la journée scolaire…  Les cas particuliers d’enfants défavorisés par une acculturation, par une langue différente, par de la fatigabilité… peuvent faire l’objet d’un protocole pour un accueil à temps partiel avec un soutien particularisé.   L’inscription d’enfants sévèrement handicapés doit être raisonnée, précisément adaptée avec la prise en considération de tous les paramètres utiles : composition du groupe classe, intégration dans la vie de toute l’école, aménagements des locaux parfois… préparation des enseignants, interventions spécifiques… Pas de rejet mais un projet bien construit. 

Les postes, les classes, les institutions qui spécifient ces aides, aléatoires ou à longue échéance, font partie des obligations pragmatiques de notre société envers tous ses enfants. Que ce soit par des services de l’Education Nationale, par l’intermédiaire de mutuelles, d’associations reconnues et subventionnées, par le truchement des communications modernes, l’instruction, l’éducation doivent être apportées aux enfants immobilisés à leur domicile, en milieux hospitaliers ou en centres de détention 

Dans un établissement scolaire, l’éducation est recon-nue comme étant l’affaire de tous depuis la famille jusqu’à la personne d’entretien 

Le personnel enseignant auquel est confiée la plus grande richesse de notre pays, ses enfants, a besoin de la confiance éclairée, soutenue de la société.  Casser les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres est une erreur qu’il faut réparer. Ces centres préparatoires étaient certes déficients, déconnectés de la réalité en général, tourné vers la pédagogie peu vers l’Education, déficients mais améliorables ; un cursus centré sur l’acquisition de diplômes essentiellement universitaires… est un leurre même avec des stages.  L’ancienne Ecole Normale, très liée aux écoles, peut inspirer quelques réflexions positives… 

Nous souhaitons une formation approfondie des enseignants au niveau de la licence avec alternance étroite entre I.U.F.M. et écoles, collèges, lycées, universités… en accentuant sur les méthodes, le travail d’équipe et ses aspects relationnels, la psychologie et la sociologie. Le futur professeur doit acquérir une connaissance précise de tous les partenaires, les familles, les partenaires locaux, officiels, associatifs utiles. Il doit posséder une compréhension cohérente, claire de tout le cursus scolaire

Une formation continuée est nécessaire en circonscription pour le premier degré au niveau académique ou rectoral pour les niveaux supérieurs…pour briser l’isolement, se concerter, assimiler les apports nouveaux La formation de chaque enseignant, pour le rendre compétent dans sa classe n’est pas remise en cause, mais elle devrait intégrer une véritable préparation au travail en équipe, une connaissance réelle et pratique des réflexions et solutions débattues en conseil des maîtres, conseil de cycle, conseil d’établissement ou d’école. 

Le personnel complémentaire, depuis la mise en place des emplois jeunes et de leurs variantes, a démontré que son rôle n’était pas négligeable. Il faut pérenniser ces postes, mieux les officialiser et préparer leurs postulants à leurs tâches. 

La sécurité est un élément global qui implique la protection contre tous dangers mais surtout une vigilance véritable pour éviter toutes occasions, toutes formes de conflit, d’agressivité et toutes prises de risques. Le nombre des adultes responsabilisés autour de l’enfant doit être judicieux. Il est aussi nécessaire que l’implication, la préparation des élèves à éviter, réagir aux situations à risques.. 

Il a été émis une suggestion qui va faire grincer des dents et pourtant une aide transitoire, aléatoire… est possible.   

Il existe une réserve de personnes qualifiées, qui peut aider à dépasser temporairement, le problème des remplacements très courts, quasi-imprévisibles, sans que les enseignants soient conduits à ajouter des heures aux heures : c’est le recours, volontaire bien sûr, dans chaque Académie, à des retraités. Une liste étoffée, tenant compte des domiciles, des temps disponibles, pourrait être établie. Cela n’ira pas sans une levée de boucliers, mais qu’en penseraient les actuels retraités et les nombreux futurs retraités des années prochai-nes ? Ces mêmes retraités, actifs, représentent une mine d’expériences dont chaque Académie, chaque établissement, peuvent s’entourer dans des moments de réflexion, pour des bilans autant que des actions nouvelles… 

Nous savons qu’aux niveaux universitaires, par exemple, ce recours existe, dans des groupes de travail aussi, alors pourquoi pas à d’autres strates ?  Les conclusions des groupes de travail, les analyses par les Comités à propos des établissements, nous font refuser leur autonomie de principe. :  Elle ne conduirait qu’à accentuer la seule capacité des écoles à se débrouiller et donc à multiplier les différences entre prises en charge des élèves. 

En revanche, une adaptation au secteur reste essen-tielle, mais elle doit s’accompagner de compensations pour que chaque collectivité puisse accomplir toutes ses obligations. 

         Il faut donner à chaque école les moyens qui compen-sent la faiblesse des ressources locales et qui prennent bien en compte la spécificité de sa population scolaire.          Nos régions ou les agglomérations de communes, dans le cadre de la décentralisation, pourraient aider les municipalités et parvenir à cette égalité des moyens pour une égalité des chances. 

Certains Comités ont suggéré la création d’un fonds de Ressources, une banque de l’Ecole, alimentée par des subventions, des opérations médiatiques, une part des jeux d’argent qui s’en trouveraient moralisés un peu… Cette institution permettrait d’ajuster au mieux les be-soins et de les compenser sans que l’établissement devienne lui-même un solliciteur plus ou moins heureux selon ses contacts, son environnement ou son habileté à mendier… 

Le budget de base des établissements, pour chaque catégorie, doit être identique au prorata du nombre d’élèves pour toutes les écoles publiques. L’aide à la collectivité tutrice défavorisée doit garantir cette similitude. 

Le financement des projets étudiés et retenus par le Conseil d’Etablissement et l’autorité académique sera l’ob-jet d’aides spéciales attribuées par l’Education Nationale, par la collectivité adéquate soutenue par le fonds de Ressources éventuellement.  L’Etat, en ce service régalien, en plein respect de
la Constitution et des lois régissant l’Enseignement public, prend en charge la formation et la rétribution de tout le personnel pédagogique… 
Les collectivités territoriales assurent les conditions matérielles et fournissent le personnel nécessaire à tous les services qui accompagnent la scolarité, toujours avec une compensation pour pallier les inégalités de ressources. 

Nous demandons que chaque école, chaque établissement soit conforté dans ses composantes, encouragé dans ses échanges avec son environnement, adaptée à sa popula-tion spécifique, soutenu dans ses initiatives mobilisatrices et motivantes L’enseignant doit pouvoir connaître et utiliser toutes les opportunités culturelles, associatives, de son environnement, aussi bien officielles qu’officieuses. Il est important que les collectivités locales veillent à leur multiplication.. 

Et les établissements privés ? 

Privé ou public, le choix est libre, mais nous estimons que les fonds publics sont réservés au financement de l’école publique, sauf en ce qui concerne les établissements spécialisés et conventionnés.  Les associations assurant l’aide à la scolarité des élè-ves, des collégiens, lycéens et étudiants sont à soutenir.  Le rythme de la journée scolaire est un paramètre incontournable du temps de l’enfant. Il  commande tous les autres découpages : semaine, trimestre, année… Une journée bien construite, depuis l’accueil jusqu’au départ est une journée qui évite les ruptures, ménage les temps d’éveil, d’apprentissages intenses, forts, les pauses, les répétitions, les moments notoirement peu propices à la mémorisation et les fausses mobilisations cachant la fatigue par la motivation. Le contact suivi du samedi matin entre écoles et familles en élémentaire a disparu. Cette semaine peau de chagrin, pour bon nombre de familles laisse les enfants devant la télé, dans la rue pour la plupart, dans les grands magasins ou dans des garderies municipales… Est-ce un mieux ? 

Supprimer le samedi matin, c’est réduire les rencontres informelles et sympathiques, hors crise, entre familles et enseignants. Finie aussi l’occasion d’entretien direct avec le parent qui n’a pas la garde de l’enfant du divorce… Terminés les spectacles, les fêtes, les réunions diverses avec participation active de tous… Ne leur restent plus, souvent, pour ceux qui ne baissent pas totalement les bras, que les soirées, après le travail. 

Pourtant, les fêtes d’école peuvent être des opportunités importantes d’activités ensemble pour tous les acteurs et partenaires pourvu qu’elles illustrent un travail continu, un projet et non une corvée.  L’espace scolaire est sacré, protégé, il est ouvert sur la connaissance de son environnement, mais clos aux incursions perturbatrices.  Il est important que le cadre soit agréable, grâce à la volonté et l’action de tous dans et autour de l’école. 

L’implantation de l’école dans un environnement constant crée des liens, des repères indispensables avec la géographie et la  population de son secteur. Exploser la carte scolaire, disperser les enfants, défaire les liens entre le secteur et son seul pôle de calme, souvent, l’école, c’est renoncer à l’adaptation, à l’intégration de l’école dans son environnement, à la connaissance à moyen terme des familles, des fratries… 

Cela peut éviter de payer, d’organiser des moyens réellement adaptés à sa population spécifiques, en brisant les concentrations, mais qui profitera de cette liberté de choisir son établissement ? Qui empêchera que se constituent de nouveaux ghettos ? Quel cadre donner à notre école dans un environnement flou ?  Est-ce une véritable amélioration ?  Pour une équipe enseignante, bien connaître les familles, les paramètres et les ressources de son secteur est important, elle peut établir des liens devenus impossibles après dissociation entre lieu de vie et lieu de scolarisation. 

Tout en préservant la sérénité du microcosme scolaire, il faut pourtant encourager ses échanges avec son environnement.  Le service Education Nationale est sous-tendu par la trame des circonscriptions, des Académies. Chacune d’entre elles doit être étoffée pour conseiller, apprécier, aider, suivre, voire corriger les actions mises en œuvre dans les établissements..   Le rôle de l’Inspecteur et de son équipe permet l’harmonisation dans tout le secteur; il favorise les échan-ges les plus divers, 

Nous nous sommes prononcés contre l’éclatement de la carte scolaire mais des transferts éventuels, exceptionnels, bien motivés, toujours dans le seul intérêt des enfants peuvent être proposés grâce à cette connaissance mutuelle de tous les établissements du même secteur, animé et orchestré par son responsable. 

Nos établissements dépendent, pour leur financement, des responsables territoriaux dispensateurs des budgets pour que, bâtiments, mobiliers, matériels, fournitures leur permettent d’accomplir leur mission. 

Des initiatives de ces tuteurs dépend aussi, que l’accès aux ressources culturelles et sportives, en implantations comme en personnes, soit à la hauteur des besoins. Les liens avec les associations et services hors établissement ne sont pas à négliger, non plus.. 

Toutes ces communications, toutes ces possibilités doivent être des aides éventuelles pour les enseignants pour mieux connaître l’enfant, mais ne pas compliquer la vie scolaire. 

Pour les associations péri et post-scolaires, appauvries par la suppression des détachements, la diminution des subventions, une analyse honnête doit établir quels organismes apportent une véritable aide à l’enfance, à la famille et à l’Ecole. 

Peut-être ne faut-il pas rétablir les détachements sup-primés, mais instaurer des postes de permanents formés pour stabiliser et aider les bénévoles…  Le monde du travail et les mouvements de la société ne sont pas des univers inconnus pour les enfants et l’Ecole ne peut les ignorer, mais sans insistance et en restant très ouverte sur tous les métiers.  Le chômage, les troubles sociaux, les conflits de l’immigration, la délinquance, les sectes, l’environnement en danger sont parfois sujets à interrogations de la part des enfants. Sans entrer dans des débats complexes, toujours hasardeux, il ne faut pas en gommer la réalité ou s’ap-pesantir, en charger les enfants. Des enfants citoyens en devenir, certes, mais à leur niveau de maturité, pas plus ! 

Ils n’ont pas à s’imprégner non plus de la culpabilité collective, si vite banalisée. Impliquer les jeunes, progressivement dans la vie collective, les initier aux responsabilités grâce à des coopératives scolaires réelles, bien organisées, suivies et animées, grâce à la participation judicieuse à des Conseils Municipaux de Jeunes sont des voies magnifiques. 

De nombreuses associations invitent également leurs adhérents encore scolarisés à s’ouvrir à la gestion de leurs œuvres…  Vous l’avez compris, nous avons dessiné, avec les couleurs de vos volontés et de vos engagements, un véritable système scolaire, clair, solide, respectueux de tous ses acteurs. Il ne naîtra pas, ne grandira pas, ne deviendra pas fort sans que chacun y soit associé, pas à pas.  Cette volonté obstinée, cette vigilance, ses alertes sont les seules garanties pour que, sans gabegie ni inconséquence, dans le rejet de toutes considérations partisanes, nous donnions sa chance à l’école, sa chance au futur… 

Etre dans un établissement, c’est vivre ensemble. La vie coopérative implique tous les acteurs de l’école et suppose de vraies concertations mais n’exclut pas le rôle majeur de l’adulte, la tutelle, l’arbitrage… 

Règlement et sanctions sont établis et reconnus par tous. L’école n’a pas d’exclu. La vie en collectivité doit générer la convivialité et éviter les perturbations pour tous. Les manquements à ces règles ne doivent pas être banalisés. 

L’Ecole ne doit admettre aucune discrimination, ni robotisation, ni formalisation. Il ressort de façon insistante que les réussites d’école sont avant tout le fait d’une équipe. Le mieux-être, le mieux travailler des enseignants passent d’abord par la co-hérence d’une équipe  adaptée à son environnement 

Il est nécessaire que chaque équipe soit dirigée par un animateur compétent, que son projet et  son bilan soient évalués avec tous les enseignant et l’inspection de circonscription ou de secteur concerné, oui ! Nos travaux en font une évidence, mais il ne semble pas que jusqu’alors notre système éducatif se soit vraiment attaché à valoriser ce point essentiel. Nous demandons une véritable équipe, bien préparée, responsabilisée autour du projet d’école et animée par un directeur compétent. 

Il faut œuvrer pour que chaque école, chaque établissement possède une équipe solide ; en préalable à toute autre transformation du monde scolaire, c’est une base impérative, incontournable ! Une réflexion positive, instruite par une enquête sérieuse, essentiellement orientée vers la reconnaissance et le renforcement de l’équipe pédagogique, de l’équipe éducative sera un premier pas vers la reconnaissance des problèmes essentiels et vers un projet enfin constructif. 

Une école, c’est d’abord une équipe. Il ne s’agit pas de s’aimer les uns les autres, mais de se compléter,  d’être mobilisé par la même volonté d’éduquer et d’instruire. Elle doit soulager l’enseignant d’une responsabilité solitaire dans sa classe. Ses membres n’ont pas toujours fait le choix de l’école ou de la classe. Certains débutent, d’autres ont une grande expérience, tous sont confrontés à une même population, au même potentiel de ressources, en principe. 

Le projet d’école est revalorisé et il est le véritable outil de cohérence et d’engagements adaptés aux besoins de motivation, de mobilisation et de mise en œuvre des acquisitions pour atteindre les objectifs programmés. 

Fruit de la réflexion de tous, le Projet d’Etablissement dresse l’état des lieux. Il traduit la somme des propositions étudiées, retenues pour que naissent les actions propres à répondre aux spécificités de l’établissement. Il garantit la logique des enseignements, privilégie les contextes motivants et harmonise la vie collective… Son suivi, son bilan, comme l’a été sa conception sont menés par tous, soutenu et avalisé par le responsable de la circonscription ou de l’Académie pour le second degré. 

Il pose des questions essentielles sur le long terme, comme sur le quotidien. Par exemple, à propos du temps de l’enfant : 

Comment chaque établissement propose-t-il de rendre optimale la demi-heure du matin, transition entre famille/récré/mise au travail ? Comment tenir compte des moments notoirement propices à l’effort, à l’attention, et de ceux, au contraire, moins soutenus? Pour les méthodes face à un groupe classe hétérogène : Comment arriver à une véritable pédagogie différenciée ? Seul ou par des échanges, des dégroupements ? 

Lorsque les apprentissages sont lacunaires ou mal assurés, comment bâtir de vraies remédiations ?  En permanence, les Projets d’Ecole veillent, réfléchis-sent, adaptent les progressions pour une réelle et permanente cohérence dans le cursus global.  L’équipe d’établissement est unie par son Projet

L’échange permanent d’initiatives, d’expériences, de services, de coordination entre les établissements, participe de la fonction de l’Inspection.  Une équipe a besoin d’être animée avec compétence. Ses décisions ont besoin d’être consolidées, leur mise en œuvre doit être suivie. Le liant de cette vie scolaire, pensée et fructueuse, en est son responsable, directeur, principal ou proviseur.  Reconnaître l’importance de la direction d’école, c’est lui donner les moyens de ses tâches, de ses responsabilités, en faire une promotion véritable pour susciter les candida-tures. 

Jamais plus un enseignant ne doit se sentir isolé, jamais plus une équipe ne doit se sentir abandonnée  L’intégration d’écoles dans des regroupements dirigés par un responsable « administratif » et des inspecteurs péda-gogiques donc est une erreur. Elle entraîne une distanciation  trop grande entre l’établissement et sa réalité locale.  Il me semble que ces derniers mois, nous avons démontré que l’Ecole est l’affaire de tous et je l’ai affirmé à nouveau en commençant ce long récapitulatif. C’est donc sans vouloir bousculer les enseignants et leur administration que nous revendiquons notre place dans la vie des établissements. 

Pas seulement comme parents d’élèves, pas seulement comme recours, pour des activités, pas seulement pour apporter des ressources mais aussi, pour entendre, comprendre, apporter nos suggestions, aider à la vie de chaque école.  Dans l’ensemble, nos comités sont favorables à une évaluation globale et précise du travail de toute l’équipe de l’établissement par les équipes d’inspections, sur des critères nets, tenant compte des conditions spécifiques de chaque secteur scolaire.  L’évaluation individuelle par un inspecteur qualifié n’est pas une aberration mais, qui rendra compte de l’implication d’un enseignant dans et autour de sa classe ? Qui rendra compte des progrès personnels du jeune prof timide? Qui tiendra compte de la lassitude, du découragement et de l’abandon de celui qui fut enthousiaste et compétent ? 

Certains inspecteurs, dans le 1erdegré notamment, sont de vrais animateurs dans leur circonscription et connaissent, suivent, aident leurs enseignants. Mieux, ils font de leur secteur de véritables bains de réflexion. D’autres, malheureusement sont météoriques, à la poursuite d’une carriè-re plus que d’une efficacité…   Le Conseil d’Etablissement, le Conseil d’Ecole reste le moteur généré par la réflexion, les échanges, les initiatives de tous les partenaires officiels de l’école. Il respecte la spécificité, la confidentialité de toutes les structures internes, Conseils des Maîtres, de Cycles, Conseils Educatifs, Conseils de Discipline, Conseils Coopératifs…  Il s’intéresse, en particulier, au Projet d’Ecole qui lui a été présenté, il s’intéresse à la progression des activités qui en émanent 

Disons le nettement au risque de heurter, le mystère gardé sur les pratiques pédagogiques est une absurdité, nous ne sommes pas en présence de formules secrètes et comprendre le choix d’une méthode, d’une progression, d’un thème mobilisateur ne peut que faciliter la transparence entre les parents et les professeurs et sans doute même les encourager à soutenir les initiatives éducatives. Seul l’enfant doit être l’objet de la discrétion, de la réserve de ceux qui en ont la responsabilité.  Nous n’avons pas négligé le temps autour de l’école.  Celui de la famille avec tout son pouvoir affectif est évidemment le plus marquant, tout ce que la société peut faire pour aider à son harmonie est une pierre solidifiée pour la construction de l’enfant. 

Il n’est pourtant pas le plus important en durée. La scolarité, les activités extérieures, les copains, les garderies parfois, additionnent bien des heures hors de la maison. Les associations reconnues pour leurs activités épa-nouissantes consacrées à la jeunesse sont à privilégier. Les centres de loisirs, avec ou sans hébergement, devraient être des occasions de véritables convivialités et de vie citoyenne. 

Il a été suggéré de créer des centres de vacances avec accueil des familles qui travaillent en fin de semaine, pour-quoi pas ? Ce qui est certain, c’est que nous souhaitons qu’aucun enfant ne reste dans la rue pendant les vacances. 

Notre mouvement a voulu non pas une école nou-velle, mais une Ecole reconstruite dans un contexte édu-catif attentif à l‘enfant. 

Nous l’avons étudiée puis proposée aux pouvoirs législatifs. C’est à nous de veiller sur elle maintenant

Aidons, dès aujourd’hui, à faire de l’Ecole une insti-tution où l’apprentissage des fondamentaux soit assuré grâce à des supports mobilisateurs, capables de faire aimer à apprendre et où l’appétit, la personnalité s’épanouissent en des disciplines d’éveil à part entière : l’école de la diversité, l’école de la chance pour tous, l’école de la chance de demain. 

Cet exposé a été long et pourtant insuffisant en regard de la somme de travail amassé par tant et tant de personnes, de groupes, de comités. 

J’espère que nous avons bien traduit l’esprit qui doit animer notre vigilance éducative désormais. J’espère que nous n’avons trahi aucune orientation et si nous en avons oubliées, nous savons que dans et autour de chaque établissement, elles se réaffirmeront.. 

Nous avons souhaité terminer par ces deux beaux mots soigneusement cultivés par Manu et ses élèves. 

RESPECT et CREDIT 

 

Respect : Je vous estime pour ce que vous êtes, ce que vous faites en harmonie avec les autres. Crédit : J’ai foi en toi et je crois en ce que tu dis, en ce que tu fais. 

Pour nos enfants, Respect et Crédit à notre Ecole et à tous ceux qui la font.  Merci pour votre écoute, et bel avenir à tous ! 



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